Rentrée universitaire à Paris VI , université des patients et écriture

Publié le par catherine tourette-turgis

La rentrée approche à grand pas à Paris VI, nos deux DU en éducation thérapeutique et nos deux Master sont  remplis  y compris notre nouveau master  de didactique professionnelle en milieu de soin. Nous allons commencer à analyser les résulats des questionnaires de l’évaluation de l’université des patients qui aura diplômé plus d’une trentaine de malades chroniques sans compter les formations courtes conduites en direction des associations de malades de pays africains. Entretemps j’ai aussi passé mon HDR en 2013  et j’ai passé tout l’été à rédiger le livre qui en sortira l’année prochaine . J’aurais ainsi passé trois ans de ma vie à reprendre mon itinéraire à la fois d’acteur social et de clinicienne-chercheure engagée dans un univers qui est celui du care et du prendre soin d’autrui,  du prendre soin de soi au bénéfice de la survie de la collectivité. J’aurais  vécu et travaillé dans un espace singulier : celui d’une présence assumée auprès de sujets et de communautés dont les membres étaient exposés à une vulnérabilité relevant de l’ordre du vivant. J’ai grandi, mûri professionnellement en me transformant au contact d’autrui , c’est à dire au contact des malades et des soignants . Je vieillis avec plaisir, ténacité, persévérance, et un goût pour le risque qui reste à prendre  dans le champ de la pensée ,de l’innovation sociale et de l'action collective . C’est le moment de dire, de parler tout en continuant à écouter et créer des espaces d’écoute dans une société qui se taît, qui fait taire ou qui ne donne pas voix au chapitre par peur de s’entendre elle-même. J'ai décidé de  commencer à livrer au public de ce blog despages de mon  livre qui resteront ou non dans la version définitive . En voici donc une aujourd’hui pour la rentrée et qui a été rédigée au cours de l’été.

« Témoin survivant à la disparition de malades avec lesquels j’ai cheminé ,j’ai fini par me faire à l’idée que  le travail que je pourrais conduire était peut-être simplement de créer des conditions d’écriture qui permettraient à d’autres, comme par exemple les lecteurs de cet ouvrage, d’avoir accès, non seulement aux actions ordinaires conduites par les malades, mais aussi aux procédés et dispositifs qu’ils mettent en œuvre pour transformer l’épreuve quotidienne de la maladie en connaissances intelligibles pour autrui. S’il m’est permis de faire une analyse psycho dynamique de mon travail, il m’apparaît clairement que le travail que j’ai conduit au titre de chercheure a été traversé par une incertitude permanente et que les situations concrètes de terrain auxquelles j’ai été confrontée m’ont rendu parfois douloureux le travail de la pensée. J’ai dû combattre la tendance à adopter une posture théorique compassionnelle au sens où  entendre et voir  souffrir  et mourir amène notre appareil psychique  à  chercher des catégories de pensées qui peuvent contenir ce que l’on ressent dans la situation et aussi son après coup.

Si la maladie est toujours une expérience située, c’est en parvenant à mettre cette expérience en partage que tout malade facilite la transformation de cette expérience en réalité toujours inachevée et susceptible de modifications. Les ressources disponibles pour faire face à l’anxiété existentielle produite par la maladie sont rares face aux ressources disponibles pour faire a l’anxiété existentielle produite par d’autres situations qui sont davantage acceptées socialement comme l’anxiété provoquée par les difficultés de promotion professionnelle et personnelle, les attaques externes comme les guerres. Ainsi certaines émotions sont considérées comme partageables dans l’espace social et donnent lieu à leur prise en compte par les organisations collectives régulatrices des émotions alors que les malades  chroniques sont réduits à s’en tenir aux espaces médicaux qu’on leur attribue et aux organisations tutélaires qui en découlent. »  

Commenter cet article

Pellé 16/09/2013 09:59

Il est vrai que partager les problèmes de la vie professionnelle ou personnelle est parfois plus simples, car qui n'a pas connu des interrogations, des tensions, des pertes dans le domaine social
et affectif. Alors que la maladie et plus encore la maladie chronique évolutive est une part de l'être infiniment intime dans sa souffrance, sa difficulté à faire passer sa douleur, ses fatigues, à
partager le quotidien, à se faire accepter.Il y a un moment où le silence est préférable à la parole face aux bien portants...Merci Catherine d'être en quelque sorte la porte paroles des malades
quand ils sont fatigués de dire. Merci également de leur permettre à travers des formations de devenir des acteurs qui enfin osent prendre la paroles.
J'attends ton livre avec impatience.