On commence à s’ennuyer en éducation thérapeutique !

Publié le par catherine tourette-turgis

La maladie  représente un tournant existentiel  dans le déroulement de la vie d’une personne.Après ce tournant, la vie n’est plus comme avant ou au contraire elle  est encore plus comme avant au sens où elle vient renforcer des intuitions. On a trop longtemps enfermé psyché et soma  dans deux territoires différents et on a aussi trop longtemps pensé que la psyché commandait le soma voire qu’elle était la seule capable de désorganiser le soma.  Quel pouvoir on a ainsi attribué à une partie de l’humain à laquelle justement les humains n’avaient pas accès !  Lorsqu’on travaille avec  des malades, on voit bien que le soma a tout autant un impact sur la psyché qu’inversement. La douleur est persécutrice, les rêves post-anesthésie sont remplis d’aiguilles qui nous piquent plusieurs semaines après l’intervention.On écrit avec nos doigts, nos muscles mais aussi avec une tension sur le visage, on parle avec les sourcils qui se rapprochent, nos  mains qui s’ouvrent et se referment mécaniquement. Nous sommes aussi des corps et chacun d’entre nous dispose d’une construction identitaire somatique. Je suis en train de lire textes sur l’éducation somatique, je n’ai pas beaucoup travaillé dans ce domaine, je vais donc poursuivre mes lectures, écouter, essayer de comprendre et voir si on peut intégrer ce champ théorique et pratique dans l’enseignement de l’éducation thérapeutique .On commence à s’ennuyer en France en éducation thérapeutique et les recommandations de la haute autorité de santé sont lassantes . Dommage qu’on n’ait pas aussi des recommandations d’une haute autorité d’éducation. Les acteurs de terrain en ont marre de jouer aux ingénieurs, d’essayer d’entrer dans des cases et de découper leurs actions en unités parcellaires jusqu’à perdre le sens de ce qu’ils font. J’ai bien aimé ce mois-ci l’article critique  de Brigitte Sandrin Berthon sur le diagnostic éducatif et j'ai fait mon cours dans le DU de Paris VI sur ce texte que les étudiants (les soignants et les patients )ont commenté .On utilise le diagnostic pour mettre en valeur tous les dysfonctionnements comportementaux du patient comme si on décrivait  une nouvelle maladie. Ainsi le patient est deux fois malade, une fois de sa maladie et une autre fois de son ignorance ou de son déni. J’avais déjà souligné ce point dans un des mes papiers. Un diagnostic en médecine  c’est chercher ce qui ne va pas et là il n’y a rien à dire, c’est tout à fait utile mais en éducation si on commence par chercher ce qui ne va pas chez l’apprenant, il est difficile ensuite d’adopter une posture pédagogique. En éducation thérapeutique on a l’impression que le diagnostic éducatif est pratiqué comme un test de connaissances. Quant au récit thérapeutique du patient, il vaudrait mieux l’interdire s’il sert à classer les patients en «  il n’accepte pas  sa maladie, il est dans le déni, il refuse d’admettre ». C’est grave de faire parler quelqu’un pour le juger avec des catégories équivalentes à une disqualification car c’est de cela qu’il s’agit souvent dans les pratiques …On confond faire parler et écouter en permanence. On n’a pas le droit de faire parler qui que ce soit pour ensuite utiliser sa parole pour poser sur son dos et dans son dos un diagnostic pseudo-psychologique aux fins de lui  proposer un programme de rééducation . Ces façons de procéder sont inacceptables ! J’espère que dans les congrès à venir sur l’éducation thérapeutique, cette question de l’usage dangereux pour les patients mais aussi pour les soignants  des recommandations officielles  va être posé au moins dans la salle . Car quel organisateur de congrès va oser  inviter un orateur à  faire une contribution critique sur le diagnostic éducatif  ? Au moins dans les congrès en éducation, on invite toujours à la même table ceux qui sont pour et ceux qui sont contre telle ou telle méthode pédagogique quand bien même celle-ci relève de recommandations officielles !

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monnin marilena 27/09/2012 11:56

je suis ravie pour ceux qui ont reussi votre master en education ,triste d'avoir ete refoulee sans menagement lors de ma demande de formation en me disant que mon projet n'etait pas assez
élaboré,je tiens a vous dire que sans passer par votre si merveilleuse formation ,j'ai élaboré un projet éducation thérapeutique qui a reçu l'agrement des autorités.et que je vous en veux beaucoup
de m'avoir fait miroiter votre formidable formation en me faisant perdre un temps précieux impossible a rattraper,je ne vous felicite pas

Hugon Nicole 03/05/2010 08:04


Je suis particulièrement intéressée par votre approche. "Un spécialiste, c'est quelqu'un qui a un goût morbide pour tout ce qui ne marche pas" dit mon ami le Pr Adalberto Baretto. Dans le cadre de
l'ETP, le bilan initial doit à mon sens obligatoirement prendre en considération en premier les ressources du patient, sa manière de voir sa maladie et son projet de vie. Dans mon domaine
d'activité (l'addictologie), le projet de changement du patient est naturellement au premier plan. Mais il me semble que dans tous les cas, ce dont il est question dans les maladies chroniques,
c'est que la personne doit effectuer un mouvement d'adaptation de sa vie à la "nouvelle donne", et que cela ne se limite pas à s'approprier des techniques de soins correctes.
En tant que médecin, il se trouve que je suis en ce moment dans la position de malade : je me rends compte que mes connaissances sont pour les soignants que je rencontre plus une gêne qu'un atout :
comment peut-on parler alors valablement de "traçabilité de la discussion bénéfice/risque" si tout ce que l'on attend du patient est un acquiescement passif. Par conséquent la dérive "chosifiante",
qui classe les patients en "bons" et "mauvais" élèves ne me surprend pas outre mesure. Si l'on prend au sérieux l'ETP, cela veut dire que nous, soignants devons en accepter la conséquence
inévitable : que le patient devienne un partenaire, et que nous perdions un peu de notre pouvoir féodal, de vie et de mort.
Nous y perdrons l'illusion de la toute-puissance. Mais nous y gagnerons en légèreté et en efficacité.
Nicole HUGON
Marseille


Michel COULOMB 21/04/2010 10:09


Merci pour votre réponse. J'ai effectivement trouvé, mais je ne peux accéder qu'au résumé du fait que je ne suis pas abonné et que l'abonnement me couterait un peu cher pour un article; aussi je
réponds favorablement à votre proposition d'aide grâce à la bibliothèque de prêt en ETP de la Pitié. Indiquez moi la marche à suivre. merci par avance.


catherine tourette-turgis 21/04/2010 10:11



Contactez moi à  l'adresse mail suivante : cttus2000@yahoo.com .



Michel COULOMB 20/04/2010 10:58


Toutes mes excuse pour ma grossière erreur ci dessus et je de mande à l'intéressée et aux lecteur de bien vouloir m'excuser, il faut lire Brigitte Sandrin Berthon.


Michel COULOMB 20/04/2010 09:48


Bonjour,

je suis un lecteur assidu de vos publications, tout comme celles de Sandrine BERTHON. A ce propos, dans votre article vous dites avoir bien aimé l'analyse de Sandrine BERTHON sur le diagnostic
éducatif, pouvez vous m'indiquer où je peux me procurer cet article.

Pour ma part je suis IR, transplanté depuis 10 ans, Vice président de la FNAIR PACA&Corse et je travaille beaucoup sur l'ETP avec tous les services néphro de PACA Est.

Cette passion m'est venu suite au diagnostic de l'IRCT et de la nécessité que j'ai éprouvé d'être informé et formé afin de mieux gérer ma maladie. C'est aussi parce que j'éprouvai la nécessité de
travailler au changement de la relation soignant/soigné pour créer de véritables espaces de partages où chacun s'enrichi de l'autre.
vos écrits m'aident énormément.
Bien cordialement.
Michel COULOMB.


catherine tourette-turgis 21/04/2010 09:51



cet article est paru dans médecine des maladies métaboliques, février 2010, vol 4, N° 1, si vous avez du mal à vous le procurer, je peux vous aider car en néphrologie à la Pitié, on a une petite
bibliothèque de prêt en ETP à usage restrictif et limité.