La question de l'ouverture des DU en éducation thérapeutique aux patients-experts

Publié le par catherine tourette-turgis

 

 A l’heure où les recommandations officielles posent la nécessité de concevoir les programmes en éducation thérapeutique en partenariat avec les patients et les associations de patients, il me parait opportun d’ouvrir les DU en éducation thérapeutique aux patients-experts en exercice. Outre la conception des programmes, le patient-expert peut et doit être, au même titre que le soignant, un acteur de l’éducation thérapeutique en étant lui-même « éducateur » pour ses pairs.

 C’est dans cette optique que l’université Pierre et Marie Curie a intégré plus de 30% de patients-experts dans sa promotion 2009-2010. Le mixage des publics a été d’un grand intérêt pédagogique et scientifique. Créer des dispositifs où patients-experts et soignants apprennent ensemble est une urgence éducative et universitaire, car c’est dans la rencontre et l’apprentissage mutuel que se créent les cultures éducatives de demain en ce qui concerne l’éducation thérapeutique.

 Concevoir, construire avec les patients des programmes d’éducation thérapeutique passe par la reconnaissance officielle de leur travail aux côtés des soignants. Cette reconnaissance implique aussi l’accès des patients-experts à des formations diplômantes. Or, il existe encore des lieux universitaires où les candidatures de patients-experts sont refusées sans même leur donner le droit de bénéficier d’un entretien de validation des acquis de leur expérience acquise en termes de formation de leurs pairs ou de soignants. 

 La mission de l’université et des universitaires que nous sommes, consiste à vérifier que chaque étudiant potentiel puisse bénéficier du droit à l’éducation et à la formation tout au long de la vie. Cela signifie beaucoup de travail de notre part et beaucoup d’adaptation de nos programmes, dans certaines conditions, mais c’est notre devoir que de nous soumettre aux contraintes pédagogiques que le droit à l’éducation, pour toutes et tous, requiert de notre part.

 Rien, dans la loi, n’empêche d’accueillir des patients-experts dans les DU. Toutes les réserves pédagogiques qui sont émises de ci ou de là, sont la plupart du temps des réserves institutionnelles. Le premier obstacle, à priori, est dû au fait que les DU en éducation thérapeutique sont souvent logés dans les mêmes lieux que les lieux de soin, ce qui empêcherait du coup de voir le patient-expert comme un  formateur, un pédagogue voire même un étudiant de plein droit.

 Intégrer des patients-experts dans les DU en éducation thérapeutique ne devrait plus être une innovation .C’est une richesse incontournable dans ce type de cursus qui doit promouvoir la mixité des publics et des situations de formation.

 

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view site 11/07/2014 13:48

The development going on in the field of therapeutic education programs has been in the discussions for a long time. I think it is time to develop such studies to improve partnership with patients and patient associations. Thanks a lot for the post.

Nicole HUGON 05/12/2011 14:15

Bonjour,
Nous avons à la clinique Saint Barnabé (addictologie, Marseille), dans le cadre de l'ETP, réalisé une formation en intervision sur la pédagogie active entre tous les participants du programme,
c'est à dire, les médecins, les infirmiers, et les représentants d'associations d'anciens malades alcooliques. Cette expérience a été particulièrement enrichissante pour tous. le travail a permis
le partage des compétences, des réussites, des solutions. Le point de vue des anciens malades sur la manière de transmettre a été particulièrement stimulant pour les soignants.
Cordialement, et merci pour ce que vous faites.

Théa 08/06/2011 06:20


C'est tellement agréable et "soulageant" de voir que l'on peut être nous les patients porteurs de connaissances et reconnus comme tels.
J'espère très fort pouvoir faire partie de la promotion 2010-2011.
Dorothée


frédéric bouhier 02/11/2010 11:38


Bonjour Catherine,
Je suis tout jeune diplômé en ETP depuis juin. J'ai suivi la formation dans mon cadre professionnel. Mais je suis aussi "vieux" malade et acteur impliqué de manière personnel et professionnel dans
la lutte contre le vih. Accéder à ce DU a été facile, si ce n'est que j'ai un réseau et j'avais donc l'information pour m'inscrire dans les temps. Je me suis révélé être le seul "non-soignant" de
ma promotion. Je crois que ces espaces de formation sont de véritables rencontres permettant de mettre à plat nos représentations des uns et des autres. C'est comme cela que je l'ai vécu. Je crois
d'ailleurs qu'en fin de formation, le mot patient avait disparu au profil de celui de "personne concernée". Pour autant certains intervenants (soignant) se sont demandés "ce que je faisait là",
demandant d'adapter leur discours (comme si être malade ou souffrant d'une maladie chronique réduisait mes facultés intellectuelles). Par contre, pour la période de stage me permettant de faire
valider ma formation, j'ai été balloté de droite à gauche, considérant que je n'étais pas soignant, donc pas en mesure de respecter le secret professionnel (alors que je suis préalablement diplômé
en action social), que je ne connaissais rien aux pathologies, etc, etc.... Ce n'est donc pas toujours aussi simple, et je suis convaincu qu'il faudrait plus de transparence sur les annonces
d'ouverture des DU et des critères de sélections proposés. Je crois que la marge de progrès est encore importante.
Merci pour votre travail.
Frédéric


M.L. 02/09/2010 00:03


j'ai créé un blog de réflexion sur l'éducation thérapeutique, si cela vous intéresse d'y apporter votre contribution, cordialement
http://education-therapeutique.over-blog.net/