Extrait de mon journal d’HDR

Publié le par catherine tourette-turgis

 J’ai soutenu mon HDR le 21 février 2013. La redaction du mémoire de soutenance de 130 pages a donné lieu à la rédaction d’un journal de bord dont voici quelques extraits.

La question que je me suis posée tout au long de ma vie et de mes formations successives en philosophie, psychanalyse, médecine, sciences humaines et sociales est la suivante :  “ Jusqu’où peut-on bouger les lignes des savoirs institués pour produire un autre point de vue pour ne pas dire poser un autre regard sur le monde.” J’ai lu et relu pendant  des  années les auteurs et les ouvrages qui ont jalonné ma formation universitaire mais peu d’entre eux m’ont aidée à comprendre ce qui s’était passé pour moi dans ma pratique. Ces lectures m’ont plutôt placée en position d’exilée d’un champ qui pourtant m’appartient comme à quiconque.Je pense que je suis allée  trop loin   dans mon travail sur les situations extrêmes pour revenir tranquillement dans des espaces clos disciplinaires et pourtant je pense que j’ai beaucoup réfléchi à la question de l’éducation  justement parce que j’en étais à priori éloignée de par mes objets de recherche qui étaient hideux et représentaient l’horreur dont il faut s’éloigner pour ne citer que la mort et la maladie . Mon travail sur moi conduit sous la forme d’un travail psychanalytique personnel n’a jamais cessé au sens où chaque tranche d’analyse a représenté l’accompagnement d’une transition dans ma vie y compris une transition géographique ,épistémique  quand j’ai décidé d’investir le champ du soin et de la médecine, transition apprenante quand j’ai décidé d’apprendre à travailler dans une autre langue dans un pays où j’ai émigré en 1996. Transition plus récemment liée aux événements de l’avancée en âge qui nous invite une dernière fois à faire le tour de nos désirs et d’en réaliser quelques uns avant qu’il ne soit trop tard, enfin transition professionnelle  universitaire et identitaire quand le moment de transmettre et de réunir tous mes objets épars de recherche et d’études s’est avéré un travail important et prometteur de lien social et de nouvelles amitiés intellectuelles et scientifiques .J’ai le souvenir d’avoir eu une vie libre au niveau professionnelle . J’ai organisé celle-ci autour du désir de changer le monde et des engagements que cela requiert . Résister , penser, partager, ne pas lâcher sur son désir tout en le soumettant au travail de l’analyse et des défaites narcissiques que le travail analytique produit pour le plus grand bien de tous . Le désir est aussi vulnérable que la vie de celui qui l’abrite. Ce sentiment de vulnérabilité je le contiens en  moi depuis toujours mais le fait que je me soie engagée dans un travail qui l’énonce comme objet d’intervention principal n’a jamais cessé de m’interroger mais aussi de construire mon cheminement épistémique. Si j’ai terminé ma formation initiale avec des certitudes, je termine ce travail d’HDR en reconnaissant que j’ai laissé entrer dans ma vie le doute et que j’ai appris à l’apprivoiser pour éviter qu’il ne me torture . L’inconvénient de cette posture a nourri en moi une certaine timidité scientifique mais j’ai fait face à ce symptôme en m’engageant cette fois-ci sans aucune timidité dans une activité clinique créatrice et une activité de formation et d’enseignement qui m’ont permise de développer mes idées , de les structurer , de m’en distancier, de les comparer à d’autres idées, d’autres courants , de me démarquer sans aucune intention de le faire mais tout simplement parce que les terrains sur lesquels j’interviens sont des terrains qui sont des produits de l’échec des théories dominantes de l’époque dans laquelle j'ai agi et  développé des approches comme le counseling et une certaine vision de l'accompagnement. . Former des patients vulnérables à s’autoforger leurs propres outils de survie et de lutte même si j'ai pu inscrire dans le passé  cette intention dans la vision politique de Carl  Rogers, il m' a fallu encore trouver et forger moi-même mes propres outils pour conduire ce type de formation. J’ai puisé beaucoup dans la culture anglosaxonne  des approches qui après avoir été passées au crible de la déconstruction bénéficient d’une post-reconstruction permettant d’intégrer les paradigmes sur lesquels j’ai pu et je peux encore travailler et construire des dispositifs d’apprentissage, de formation et d’expérience que je me propose d’expliciter.

 

 

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Francoise A-MARTIN 10/03/2013 08:01

Bonjour,
Je me suis inscrite à la NewsLetter de votre blog car je trouve votre démarche originale et interessante.
Par contre, la psychanalyse me semble balayer autour des tapis car nos souvenirs et notre perception de la réalité sont loin d'avoir toutes leurs origines en nous.
Normal, dans ces conditions, que quel que soit le temps passé, l'espace demeure pollué.
On ne naît pas raciste, par exemple, or la jeunesse Hitlérienne était raciste.
Cordialement