Ce que l'entretien motivationnel n'est pas !

Publié le par catherine tourette-turgis

 

J’ai donné une conférence jeudi soir au DELF (Diabète Education de Langue Française) aux côtés d’Alain Golay et de Pascal Gâche . Mon intervention portait sur la recherche que je dirige et conduis pour l’organisme de formation Comment Dire sur l'évaluation d’une formation  à l’entretien motivationnel dans le diabète dans la région Nord Pas de Calais. Je me suis aperçue une fois de plus en discutant avec la salle (300 personnes) au cours du dîner et dans la soirée qui s’est terminée très tard qu’en fait une confusion majeure persiste sur l’entretien motivationnel. Certaines personnes pensent que c’est une méthode qui repose sur le bon sens, d’autres que c’est une méthode de persuasion, d’autres encore voire les mêmes que c’est un nouveau remède miracle pour dresser les patients récalcitrants.

Tout d’abord, il est important de souligner que l’entretien motivationnel n’est pas un médicament ou une technique comportementale de plus au service de la norme, de l’éradication des mauvais comportements observés chez les patients. C’est une approche qui s’inscrit dans les types de counseling notamment un counseling centré sur la personne et sur un problème de santé à traiter par cette même personne. C’est une approche alternative aux pédagogies de l’abandon du patient quand on finit par croire qu’il est si buté, et dans un si grand déni que plus personne ne peut plus rien pour lui. Le fait d’avoir démontré que le comportement du patient était dépendant de l’interaction soignant patient est indéniablement le mérite principal de cette approche. Le fait d’avoir mis en perspective ce qui se passe pour le soignant et ce qui se passe pour le patient a déjà été démontré dans les approches cliniques de la relation de soin mais ce qu’a fait l’équipe de Miller (Université du Nouveau Mexique) c’est d’avoir utilisé les méthodes des sciences expérimentales pour le démontrer et donc le faire accepter par le monde médical car son modèle d’évaluation est un modèle validé et accepté par la communauté scientifique (sciences dures), d’où la multiplicité de ses études cliniques (72 à ce jour). En France on observe un raz de marée sur l’entretien motivationnel et un bon nombre de ceux qui forment les soignants à sa pratique ne l’ont jamais pratiqué, ne présentent aucune garantie en tant que formateur d’adultes, et ne maîtrisent pas les théories sous jacentes à ces approches qui à elles seules nécessitent un investissement méthodologique, clinique et scientifique conséquent.

Cela donne donc des aberrations graves notamment sur le concept d’empathie,  sur les fondements de l’approche motivationnelle, sur le style d’intervention qui va avec.Cela va avoir pour effet de dénaturer l’approche qui d’ailleurs n’est pas sans faille ou faiblesse. Une fois dénaturée et passé l’effet de mode, on va encore jeter le bébé avec l’eau du bain sans avoir pris le temps de bien laver, savonner, observer, câliner, gronder un peu parfois  ce bébé qui n’est pas plus sale qu’un autre ! Pour ne donner qu’un exemple, une personne ayant été formée déclarait : "Là je me mets en empathie , une autre : là je déclenche le dispositif d’empathie ". Ces deux exemples montrent d’un côté l’association de l’empathie à une intervention chirurgicale en urgence , l’autre l’association de l’empathie à un état modifié de conscience sur commande . J’en passe et des meilleures, je vais dorénavant commencer à écrire le « petit bêtisier de l’empathie ».

Voici à ce propos un encart que j’ai traduit et résumé à partir d’un article rédigé par  Miller lui-même fin 2009 dont le titre est assez éloquent ( Ce qu’est l’entretien motivationnel, ce qu’il n’est pas ) et dont je me suis servie dans la recherche action formation.

 

-       L’entretien motivationnel n’est pas une méthode de persuasion ou d’influence.

-       Il n’est pas réductible à l’utilisation de certains outils attractifs comme la balance décisionnelle (Janis et Man, 1977) ou la roue du changement (Prochaska, 1984).

-       Il ne s’agit pas d’apprendre au patient quoi que ce soit qui lui fasse défaut ou de corriger ses croyances, il s’agit de travailler avec ce qui est déjà là et d’aborder ce que nous amène le patient sans jugement et sans préjugés.

-       Il n’est pas seulement une approche centrée sur le client de type rogérienne, il est aussi centré sur l’atteinte d’un objectif ou une décision à prendre comme c’est le cas dans les lieux de soin.

-       Son apprentissage ressemble à celui d’un instrument de musique ou d’un sport complexe. Il nécessite un entraînement régulier et une consolidation des acquis par le biais d’un accompagnement, d’un coaching ou d’une supervision.

-       Il n’est pas une psychothérapie et cette approche se déroule sur quelques heures . Elle  est particulièrement adaptée à certains moments dans le trajet de soin du patient notamment quand ce dernier a besoin de s’engager dans un changement pour des raisons de santé ou  a besoin ponctuellement de se préparer à entrer dans un nouveau type  de soin plus ou moins lourd. 





 

 

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nebelo 14/02/2011 18:02


merci de l'avoir reprécisé! j'ai été skotché par le rythme effréné de votre intervention au DELF... certains hélàs n'ont retenu que ce débit!! alors que vous êtes souvent là pour nous faire reposer
les questions essentielles sur notre travail auprès du patient!!! merci encore!


Emmanuelle 13/02/2011 19:47


Notre combat pour une approche humaniste doit encore affronter l'intervention prescrite par des soignants bienveillant mais toujours aussi réfractaires a la plus valu de la relation humaine.
Merci catherine de nous avoir porté et de
continuer a influer notre militantisme


catherine tourette-turgis 13/02/2011 18:05


Je l'ai rédigé en noir, il sort en rouge et en plus il apparaît aussi dans la rubrique pages mais cette fois ci en noir, mille excuses pour vos yeux
Catherine Tourette-Turgis