Les recommandations de l'HAS sur l'éducation thérapeutique

Publié le par catherine tourette-turgis

Depuis deux semaines, j'étudie les recommandations de la haute autorité de santé sur l'éducation thérapeutique afin de préparer un des contenus de cours du master d'éducation thérapeutique que j'ouvre à la rentrée 2008 à l'université de Rouen . Je lis et relis le guide méthodologique de plus de 100 pages et j'en analyse les contenus un à un , en les mettant en perspective avec les éclairages apportés par les sciences humaines et sociales et les sciences de l'éducation . Je pensais en faire un des fils rouges de mon blog pendant une semaine mais je m'aperçois que cela va me prendre beaucoup plus de temps car le texte fait des recommandations dont certaines représentent une véritable provocation pour des chercheurs . Il va donc me falloir m'expliquer concepts, textes et théories à l'appui .Demander à  des soignants, à des médecins , à des équipes de suivre des recommandations s'appuyant sur des concepts et des théories qui ne sont pas actualisées pose question . Ecrire  il faut un cadre et de l'autre en proposer un qui s'appuie sur des concepts désuets et des textes publiés en 1998 c'est nous priver de 10 ans de recherches en sciences humaines et sociales .Par exemple il n'est fait référence à aucun concept ayant trait aux théories et recherches en soins infirmiers alors qu'on laisse entendre que cette éducation thérapeutique sera conduite par des infirmières et on sait dans la pratique ce sont les infirmières qui sont en charge des actions d'éducation . La théorisation du concept de soin  de J.Watson n'est pas présentée, on reste dans un modèle sous jacent du cure et rien n'est dit sur les nouvelles conceptions  du care, sur les facteurs caratifs. En éducation , les recommandations présentent en faisant référence à Igeen et Kleuter ( 1991) un modèle d'ingénierie de l'éducation qui à l'origine est un modèle de planification de promotion de la santé . Les conditions de transférabilité de ce modèle dans un univers où la promotion de la santé risque de se présenter  comme une proposition discordante face à un patient qui  se bat pendant des semaines et des mois pour survivre au choc , au poids et aux conséquences dévitalisantes et désocialisantes de l'émergence d'une maladie ne sont pas traitées. On a l'impression que l'éducation va tout résoudre  , il suffira de faire un diagnostic, élaborer un contrat , négocier des objectifs ,faire un plan d'apprentissage et évaluer les acquis .Le soignant va ainsi adopter tour  à tour la position de l'instructeur, de l'éducateur et de l'animateur de groupes et du formateur d'adultes en suivant une méthodologie planifiée avec comme résultat attendu un patient qui enfin atteint les objectifs thérapeutiques idéaux . Si les résultats thérapeutiques sont équivalents aux résultats scolaires de ceux qui pratiquent ce type d'approche rationnelle, il est temps alors de prendre la parole car dans dans les services de soin où nous travaillons nous-même , un échec dans la capacité du patient à pouvoir prendre soin de soi c'est une perte de chances thérapeutiques .ll est temps que tous les pédagogues intervenant dans les lieux de soin où il y a des thérapeutiques non pas au service d'une  santé retrouvée mais au  service de la prévention de l'aggravation d'un état de santé déjà altéré  au niveau médical proposent d'autres cheminements scientifiques, méthodologies et ontologiques aux soignants

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HUGON Nicole 16/02/2009 08:53

J'ai eu comme vous une impression d'étoufefer à la lecture des recommandations de la HAS qui "balisent" le parcours au risque d'étouffer toute créativité. Ceci me pose un vrai problème een ce sens que dans notre établissement (St barnabé, Marseille), nous avons développé depuis 1997 un modèle qui fonctionne très bien, mais selon une ligne très différente... et parfaitement adaptée à notre objet... En même temps, ce sera pour moi un défi de parenir à justifier notre travail, en l'étayant sur des références encore plus solides, à partir de notre pratique.
Bon courage
Dr Nicole HUGON

Rene HAYOUN 16/01/2009 14:06

J'ai parcouru moi aussi les recommandations de la HAS, je traville depuis 4 ans sur le Bon Usage du medicament, aujourd'hui je peine à me faire entendre et pourtant j'ai imagine et mis en oeuvre pour des laboratoires les premieres operations de formation in situ, de depistage et education santé à l'officine ainsi que la mise en place d'une équipe d'infirmiers dediés à une pathologie. Les couts de mise en oeuvre sont legers et le resultat eloquent. Cependant je ne suis pas entendu. J'avais envie de vous le dire.

céline Itié 14/12/2008 08:25

Bonjour Catherine,
IDE en immuno à l'HEGP depuis 2001,j'ai fait partie des 1ères que vous avez formées à la consultation IDE d'ET dans le service.
Je suis actuellement à l'institut de formation des cadres de santé à la croix rouge (Paris).
Je démarre un mémoire axé sur la coordination de l'ET à l'HEGP. Je souhaite mener une réflexion sur l'intérêt de dévelloper l'ET de manière transversales, multiprofessionnelle et pluridisciplinaire au sein de l'établissement.
Votre avis sur la sujet m'intéresse.
Pourriez vous me conseiller qq lectures ?
Merci d'avance.
Céline Itié

frédéric 25/04/2008 22:38

pourrais-tu donner l'adresse où l'on peut trouver le document auquel tu fais référence, car sur le site de la HAS, j'ai vu des documents se référant à l'éducation thérapeutique mais ne faisant pas référence explicitement à Igeen et Kleuter. Par ailleurs, je crois qu'il serait intéressant de développer la différence entre thérapeutique au service d'une santé retrouvée ou au service de la prévention de l'aggravation d'un état de santé. Ces deux "modalités" de l'éducation thérapeutiques font elles référence à des situations similaires où sont-elles l'une et l'autre des réponses à des situations spécifiques. Si "santé retrouvée" a un sens trop absolu, néanmoins l'expression est porteuse de l'idée d'un mieux être par rapport à l'état antérieur, d'où la question : une éducation thérapeutique reprenant à son compte cette idée d'un mieux être ou de la recherche d'un mieux être est-elle antinomique avec une éducation thérapeutique au service de la prévention de l'aggravation d'un état de santé? Au-delà de toute question, je tiens à faire part du fait que je suis particulièrement sensible à la profonde humanité qui traverse tous tes raisonnements, fonde ta réflexion.