Les approches motivationnelles en education therapeutique

Publié le par catherine tourette-turgis

En France, on assiste à un essor de l’approche motivationnelle depuis plusieurs années, notamment dans le champ de l’alcoologie_, de la toxicomanie et de l’observance thérapeutique. Dans le domaine des pathologies somatiques, MOTHIV représente la première conceptualisation du premier modèle d’inspiration motivationnelle qui s’est peu à peu construit au fil de notre pratique d’accompagnement des personnes séropositives et malades du SIDA depuis 1986. En effet, avant l’arrivée de ce qui s’appelait alors la trithérapie, nos observations corrélées aux différentes études de l’époque nous ont montré qu’à situation bio clinique et symptômes égaux, les personnes malades ne vivaient pas, ne survivaient pas ou ne décédaient pas de la même façon. Ce qui semblait avoir un effet positif sur la qualité de la survie tenait à des composantes comme l’estime de soi, les capacités à faire face à l’adversité, à maintenir des liens affectifs, à développer des stratégies d’ajustement, à garder un sentiment de contrôle sur sa propre vie. À tous ces paramètres s’ajoutaient la liberté de donner du sens à sa maladie, à sa vie, à sa mort, ainsi que le sentiment de se sentir écouté et accompagné dans une grande qualité de soin relationnel.
Notre expérience nous a montré que l’efficacité des approches motivationnelles dépend plus du mode d’interaction entre le professionnel et l’usager de soin que de la maîtrise de certaines techniques. Le pas le plus difficile à franchir dans cette approche est de redonner du pouvoir à la personne avant de commencer à l’accompagner dans une série d’actions. Le changement doit venir de la personne même si cela suppose de notre part de devoir passer par des moments de grande inquiétude à son sujet (quand les choses n’avancent pas et que la maladie progresse). C’est en « lâchant » sur notre inquiétude tout en restant centré sur la personne, que nous pouvons alors faciliter ses propres avancées car, toute personne à qui on offre un espace d’écoute chaleureux et empathique et à qui nous faisons confiance, développe son propre potentiel de croissance personnelle dont la santé est une composante de première importance.
Cette approche exige une très grande discipline dans le positionnement du soignant accompagnateur. Comment aider l’autre à être lui-même sans l’abandonner au moment où il tente de le devenir et qu’il nous exprime ses difficultés, ses handicaps, ses peurs, sa faible estime de soi, ses incapacités, et sa colère ? C’est souvent lorsque la colère s’exprime, que l’accompagnateur perd ses repères car il prend cette colère comme une critique de ses capacités d’aidant ou de soignant et il finit par rejeter le patient qui ne faisait qu’exprimer ce qu’il avait sur le cœur en faisant confiance à l’aidant qui l’avait invité à le faire. Comment ne pas être en colère contre l’enseignant qui possède le savoir ? Contre le soignant qui possède le pouvoir de guérir ? Contre l’aidant qui possède le pouvoir de résoudre les problèmes quand on se perçoit comme un patient qui ne sait rien, qui ne fait rien comme il faut et qui, en plus, s’en veut à lui-même de ne pas arriver à prendre son traitement ? Si dans la consultation d’aide à l’observance ou d’éducation, le patient ne passe pas par la phase de colère, y compris à l’égard de sa propre séropositivité, donc aussi de lui-même, son processus d’évolution personnelle peut rester bloqué.
Dans cette approche, notamment avec les personnes les plus en difficulté qui n’arrivent plus du tout à prendre leurs traitements, qui se mettent en danger de manière répétitive, il faut pouvoir comprendre les logiques internes qui les empêchent de guérir et de prendre en charge leur santé. Il faut, en tout état de cause, revenir et s’appuyer momentanément sur le savoir et l’expertise qu’elles ont de fait accumulés jusqu’à maintenant pour pouvoir survivre, rester vivantes et s’en sortir à leur façon.
 
 
 

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