Bordeaux, deux générations de soignants VIH

Publié le par catherine tourette-turgis

Jeudi je suis allée à Bordeaux pour animer la journée 2 du club de l'observance thérapeutique des antirétroviraux. Les questions et les remarques du groupe qui m'ont marquées sont les suivantes . Il existe une nouvelle génération d'infirmières nommées dans les services de soin VIH et dans mon stage il y en avait quelques unes. Elles ont exprimé les difficultés à s'intégrer dans des services dont les personnels en poste depuis le début de l'épidémie avaient fini par co-construire une culture des attitudes et d'un certain type de relation avec les patients et leurs proches qui leur ont survécu. " Elles les embrassent , les tutoient, moi je viens de chirurgie , je n'ai pas cette culture , je n'y arrive pas et je souffre de les difficultés d'intégration , que faire ?" Par chance dans mon groupe, des anciennes du VIH étaient là et il s'est développé dans le groupe une entr'aide mutuelle sur cette question . une infirmière souffre vraiment de cette difficulté d'arriver d'une subculture et ses collègues lui reprochent ce qu'elles perçoivent comme sa froideur . Mais elle dit : "e n'est pas de la froideur , c'est que j'ai besoin de me protéger ". Les plus anciennes du groupe lui répondent : Bien sûr protèges-toi mais dis à tes collègues que tu as besoin de te protéger pour l'instant dans ta vie ! En plus la diversité des attitudes dans un groupe crée un climat socio-affectif où tout le monde peut s'y retrouver ! 
Ensuite nous avons travaillé sur le thème de l'annonce quand celui-ci est suivi dans un temps court par la nécessité de mettre en place un traitement . On a utilisé l'approche motivationnelle , la mise en évidence des ressources de l'autre, l'identification de ses capacités antérieures à l'annonce, le moi d'avant l'annonce qui a une expérience d'un savoir être et d'un savoir faire face aux difficultés dans la vie de tous ordres. La question du VIH fait toujours resurgir selon les soignants le thème de la culpabilité à cause de sa transmission sexuelle mais est-ce lié au VIH seulement ? La perte perçue ou anticipée de l'exercice du rôle social, professionnel, parental, érotique et sexuel parfois dans les autres pathologies sont aussi très lourdes même si on les entend moins . Reste qu'il faut savoir rebondir sur le thème de la culpabilité , de quoi est-on coupable au juste quand on nous annonce quelque chose qui va bouleverser notre vision du monde ?

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