Vendredi 1 février 2008
Ce master universitaire, je l'ai pensé aussi pour les volontaires d'associations, eux-mêmes souvent touchés par la maladie qui se sont battus les premiers en Afrique pour enseigner et former d'autres patients qui étaient malades et qui ne pouvaient pas bénéficier de prise en charge hospitalière car les infrastructures de leur pays ne disposaient pas de service de soin VIH par exemple ou bien encore les personnes les malades les plus pauvres ne pouvaient pas payer leur hébergement à l'hôpital , voire ne pouvaient pas s'y rendre car ils habitaient dans des zones rurales sans moyen de locomotion. J'ai vu l'éducation thérapeutique en action dans des associations où les gens se rendaient dès la nuit tombée car il ne fallait pas qu'on puisse les reconnaître. J'ai entamé un journal de recherche que je compte publier un jour mais j'ai eu envie ce matin d'en extraire quelques lignes pour mon blog car c'est au cours de missions fréquentes en Afrique, en Haiti que j'ai repris goût à une certaine idée de l'éducation, celle qui libère, donne à l'autre la possibilité de s'exprimer, de témoigner , de tenir, et aussi de de révolter pour pouvoir aider les autres à survivre .

"Depuis quelques années, des centaines d’entre nous sont invités en tant qu’experts, chacun dans son domaine à apporter des éléments de réponse à une question de santé publique cruciale : la nécessité d’une couverture thérapeutique mondiale en matière d’infection à VIH/SIDA. Malheureusement, cette évidence thérapeutique se heurte à un ensemble de réticences économiques, politiques et sociales avec lesquelles on demande aux experts de composer.
C’est dans ce cadre que j’effectue depuis plusieurs  années un certain nombre de missions d’expertise sur le continent africain (Kenya, Congo, Burkina Faso, Togo, Burundi, Cameroun) auxquelles il faut ajouter deux missions au Maroc ,une mission au Cambodge et un travail en cours en Haiti depuis plus de quatre ans
Mes tâches dans ces missions consistaient globalement à former, à conseiller, à aider des organisations humanitaires, des associations, et des professionnels de santé à mieux faire ce qu’ils faisaient déjà, à faire des choses qu’ils n’avaient jamais faites ou bien à faire différemment ce qu’ils faisaient …
L’objectif principal était de rendre compte de l’impact sur les populations des projets qu’ils finançaient ou, comme dans le cas du projet sur les orphelins, pour rendre compte de ce que les mères, les grands mères, les familles proches, les communautés, les orphelins eux-mêmes attendaient des pays du Nord auquel en tant qu’expert j’appartiens.
Dans mes missions, je me suis aperçue que je faisais souvent des comptes : combien coûte une journée à l’hôpital, une journée à la morgue, l’achat d’un cercueil, un enterrement, un traitement. En fait, je ne faisais que reprendre la réalité concrète et pratique que chaque personne d’un bout à l’autre de l’Afrique me confiait spontanément.
Par exemple, à Douala au Cameroun, le prix d’une journée à la morgue, c’est 5000 FCFA, le prix d’un cercueil « cela va de 40 000 à 500 000 CFA », le prix d’un traitement antiviral, c’est au plus bas 25 000 CFA. A la morgue, l’hôpital en général offre les trois premiers jours. Que se passe-t-il ensuite ? «  Tu es en dette, ou alors si tu ne peux vraiment pas payer, le corps va être déplacé et enterré aux frais municipaux… Si tu veux ramener le corps au village, il te faut trouver un véhicule parmi tes voisins qui le ramènent de la ville…, mais alors tu ne dois pas dire que ce corps là il a eu le SIDA.»
La vie, la mort, la naissance aussi -puisque deux de mes missions porteront sur la prévention de la transmission mère –enfant au Congo- vont se télescoper en permanence dans mon esprit. Parler d’argent ,écrire dans mes carnets de mission le soir le coût des choses liées à la vie et à la mort finira par aller de soi. L’argent, les moyens, c’est ce qu’il faut rassembler pour apporter une réponse au SIDA en Afrique. Les médicaments coûtent cher… Mais, entre ma première mission et ma dernière mission, pour ne prendre que l’exemple du Burkina, trois ans se seront écoulées et les prix des antiviraux auront été divisés par 10. On pourrait donc dire que c’est formidable, mais cela est aussi d’une violence absolue pour les personnes et les familles concernées. J’ai vu des gens vendre leurs petites parcelles de terre pour acheter des ARV. J’ai vu un couple, lors de ma première mission, devoir choisir entre lequel devait prendre un traitement et lequel devait se sacrifier dans l’intérêt futur des enfants. J’ai vu des gens pleurer d’avoir trop pleuré le décès de celui qui était parti avec la maladie. Le changement et les évolutions sont dirigés et mis en oeuvre dans le cadre de politiques internationales, mais ces changements, même les meilleurs, ne sont jamais préparés avec les populations concernées. Elles ont donc du mal à se les approprier.
Comment expliquez-vous que le même traitement coûte moins cher qu’il y a trois ans, ai-je demandé un jour à une femme. « Je ne sais pas, je crois que c’est les blancs là-bas qui ont fait quelque chose ? » Comment reprendre cette formulation ? De quoi a besoin cette femme à ce moment précis de notre entretien ? Son regard se perd et se pose sur un objet lointain, elle a oublié ma présence, elle a sans doute re-visité ses morts, les siens, ses proches et elle revient petit à petit dans l’espace de notre entretien. Elle se replace différemment sur sa chaise, elle croise ses mains qu’elle regarde à la hâte, son regard descend vers le sol, remonte vers moi, elle me demande alors : Comment je peux savoir que ma fille de 15 ans n’a rien ? Si au moins elle peut s’en sortir , moi de mon côté je peux arriver à accepter l’idée de partir un jour de cette maladie ! J’ai parlé à ma fille, elle sait que je suis malade , souvent elle quitte l’école quand je suis hospitalisée pour aller me chercher les petites ordonnances, alors elle voit bien ce qui se passe, je rentre à la maison, elle prépare les repas , je peux rester couchée et malade pendant des jours ..
 Je ne peux oublier ces regards qui m’ont traversée au cours de ces missions. La pratique d’entretiens individuels, qui utilise des méthodes d’approches nécessitant la mise en place d’un climat d’écoute confidentiel, m’a particulièrement exposée à la rencontre avec le regard de l’autre. J’ai été troublée, émue, j’ai aussi été obligée parfois de me défendre contre l’insupportable. Mon cœur a été mille fois plus mouillé que mes yeux. Mon regard a tenu parce que j’avais décidé que le travail que je faisais ne se réduisait pas à répondre à l’autre mais à répondre de l’autre. Il y a bien longtemps que dans mon travail sur le SIDA, j’ai perdu le goût et l’intérêt de méditer sur les vainqueurs et leurs victoires qui promettent aux vaincus et aux persécutés un avenir meilleur en évoquant le seul avenir meilleur qu’ils connaissent : celui qu’ils ont déjà. Promettre un avenir meilleur, alors qu’on se trouve dans une situation de mal absolu, est une violence qui s’ajoute à la violence de la situation dans laquelle se trouve la personne qui est en face de nous et qui va mourir de l’inhumanité générale dont précisément elle est une des victimes qui en témoignent. Lui parler, c’est répondre d’elle, c’est lui répondre d’une manière ou d’une autre que sa vie et sa situation me concernent… C’est aussi quelque part se dire que la souffrance, la sienne ou la mienne, ne vont rien guérir de ce dont elle souffre.
Garder les yeux secs, c’est adopter une discipline de la présence à l’autre, c’est ne pas se dérober aux devoirs et aux tâches que m’impose la souffrance de l’autre. Les solutions, dans la lutte contre le SIDA, sont peut-être il est vrai plus simples que les solutions disponibles dans les guerres… je ne sais pas … J’ai vu des pays ou les deux situations se cumulaient comme au Burundi où je me trouvais à effectuer une mission sur le SIDA dans un pays en guerre!
Par catherine tourette-turgis
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Jeudi 31 janvier 2008
Intitulé de la formation: Master professionnel - parcours Ingénierie de l’éducation thérapeutique
 
Contexte: Ce master s’inscrit dans la généralisation de l’éducation thérapeutique du patient en pratique hospitalière mais aussi en médecine de ville et dans les lieux de soin ou communautaires et associatifs qui développent ce type d’activité. Il reprend aussi les initiatives publiques et privées dans le champ de l’assistance et de l’accompagnement en direction des publics affectés par des pathologies et poly-pathologies chroniques. L’éducation thérapeutique est une composante essentielle participant à la qualité des soins et à l’atteinte des objectifs thérapeutiques dans les maladies nécessitant un suivi de soin et de traitements à vie et le plus haut maintien de santé possible du patient et de son entourage afin d’éviter les complications et de réduire les effets secondaires psychologiques et sociaux de la chronicisation des soins dans les pathologies à caractère chronique.
 
Objectifs de la formation :
Apporter tous les éléments aux participants leur permettant et leur donnant envie de :
  • concevoir, implanter et évaluer une démarche ou un programme d’éducation thérapeutique du patient,
  • accompagner des patients et leurs proches dans un processus d’apprentissages cognitifs mais aussi existentiels et transformationnels visant à l’aider à se maintenir dans un degré de santé le plus élevé possible (santé bio-clinique, santé psychologique, sociale, affective)
  • prendre en compte dans les soins et traitements de longue durée les dimensions éducatives, psychologiques, éthiques et sociales nécessaires à l’atteinte des objectifs thérapeutiques,
  • aider un patient à développer sa propre intention d’adhérer à son traitement et à maintenir le degré d’observance thérapeutique requis par la plupart des traitements de longue durée,
  • savoir choisir, construire, adapter, déployer des approches et des moyens pédagogiques issus des données actualisées de la littérature sur l’intervention éducative et l’accompagnement dans le monde du soin (techniques de caring, groupes de paroles, approche motivationnelle, modèles de réduction des risques, éthiques de la sollicitude, counseling),
  • concevoir des outils d’évaluation de la faisabilité, des processus d’évolution personnelle des patients, des résultats cliniques, de la qualité de vie, le stress, de l’auto-efficacité, de l’estime de soi) à partir d’indicateurs relevant des approches qualitatives et quantitatives.
 
Responsable de la formation :
Catherine Tourette-Turgis, Maître de Conférences en sciences de l’éducation, Rouen.
Adresse mail pour les pré-inscriptions : master.educationtherapeutique@yahoo.fr
Tél mobile : 06 24 34 26 36, blog: http://master.educationtherapeutique.over-blog.com
 
Public concerné:
Infirmières ayant une pratique de l’éducation thérapeutique ou de la consultation d’observance, cadres de santé, médecins, psychologues, ergothérapeutes, responsables de services de soins de santé, médecins engagés dans la prévention et l’éducation, kinésithérapeutes, assistants sociaux des services de soin, diététiciens, responsables de réseaux ville hôpital, consultants et formateurs en éducation thérapeutique, volontaires d’associations de patients.
 
Nombre de participants : 15
 
Contenus
 
R Contenus:
  • Les apports des courants pédagogiques et des sciences de l’éducation à l’éducation thérapeutique
  • Définition, postulats, techniques et intérêts de l’approche motivationnelle avec es patients qualifiés comme difficiles, ou en refus de soin.
  • Les principes de base de l’animation des groupes d’adultes et d’enfants confrontés à une pathologie chronique.
  • L’utilisation des outils didactiques en pédagogie.
  • L’importance de l’éthique dans la relation de soin et la relation éducative.
  • Le calcul coût-efficacité des interventions sur l’observance thérapeutique et l’éducation thérapeutique.
  • La pratique de l’accompagnement, du counseling, et de la relation d’aide.
  • L’implication des soignants, les affects et la question du désir dans le soin, face à la souffrance, à la douleur, et aux questions sur la vie et la mort.
  • Les apports de la psychosomatique à la question du soutien lors de l’annonce et du suivi de l’annonce d’une maladie à pronostic incertain.
  • Techniques d’écriture de comptes-rendus de séances d’éducation thérapeutique.
  • Sensibilisation aux différentes démarches de recherche et d’évaluation utilisées en éducation thérapeutique
  • Apprentissage des techniques de communication avec les partenaires sociaux, la hiérarchie, les tutelles et les financeurs, et dans le cadre du travail en réseau.
  •  
 
 
 
Validation
 
 Rédaction d’un dossier thématique sur le projet d’éducation thérapeutique de chaque participant(e), études de cas, stage, mission sur l’éducation thérapeutique et rédaction d’un mémoire visant à présenter un programme d’éducation thérapeutique (pertinence du projet, définition des objectifs du programme, moyens pédagogiques utilisés, modalités d’évaluation retenues, communication et valorisation de l’action engagée).
 
Durée de la formation et déroulement
  • 894 heures sur 1 an (octobre à septembre)
    • 444 heures d'enseignement dont une partie à distance utilisant des classes virtuelles, des plateformes d’enseignement à distance et des outils de E-learning.
    • 450 heures de stage (possibilité de le réaliser sur son lieu de travail et dans l’exercice de ses fonctions)
  • organisation 5 jours/mois/9 mois regroupés sur une semaine démarrant en octobre 2008,
 
Coût de la formation
  • 4000 euros par le biais de la formation continue hors frais d’inscription à l’université (soit environ 200 euros).Tarif pour personne s’inscrivant à titre individuel : 1800 euros (hors frais d’inscription universitaire)
Par catherine tourette-turgis
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Lundi 28 janvier 2008
Jeudi je suis allée à Bordeaux pour animer la journée 2 du club de l'observance thérapeutique des antirétroviraux. Les questions et les remarques du groupe qui m'ont marquées sont les suivantes . Il existe une nouvelle génération d'infirmières nommées dans les services de soin VIH et dans mon stage il y en avait quelques unes. Elles ont exprimé les difficultés à s'intégrer dans des services dont les personnels en poste depuis le début de l'épidémie avaient fini par co-construire une culture des attitudes et d'un certain type de relation avec les patients et leurs proches qui leur ont survécu. " Elles les embrassent , les tutoient, moi je viens de chirurgie , je n'ai pas cette culture , je n'y arrive pas et je souffre de les difficultés d'intégration , que faire ?" Par chance dans mon groupe, des anciennes du VIH étaient là et il s'est développé dans le groupe une entr'aide mutuelle sur cette question . une infirmière souffre vraiment de cette difficulté d'arriver d'une subculture et ses collègues lui reprochent ce qu'elles perçoivent comme sa froideur . Mais elle dit : "e n'est pas de la froideur , c'est que j'ai besoin de me protéger ". Les plus anciennes du groupe lui répondent : Bien sûr protèges-toi mais dis à tes collègues que tu as besoin de te protéger pour l'instant dans ta vie ! En plus la diversité des attitudes dans un groupe crée un climat socio-affectif où tout le monde peut s'y retrouver ! 
Ensuite nous avons travaillé sur le thème de l'annonce quand celui-ci est suivi dans un temps court par la nécessité de mettre en place un traitement . On a utilisé l'approche motivationnelle , la mise en évidence des ressources de l'autre, l'identification de ses capacités antérieures à l'annonce, le moi d'avant l'annonce qui a une expérience d'un savoir être et d'un savoir faire face aux difficultés dans la vie de tous ordres. La question du VIH fait toujours resurgir selon les soignants le thème de la culpabilité à cause de sa transmission sexuelle mais est-ce lié au VIH seulement ? La perte perçue ou anticipée de l'exercice du rôle social, professionnel, parental, érotique et sexuel parfois dans les autres pathologies sont aussi très lourdes même si on les entend moins . Reste qu'il faut savoir rebondir sur le thème de la culpabilité , de quoi est-on coupable au juste quand on nous annonce quelque chose qui va bouleverser notre vision du monde ?
Par catherine tourette-turgis
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Vendredi 25 janvier 2008
J'avais dit que je parlerai des questions de la salle . Un néphrologue a dit la consultation d'aide à l'observance ou les séances d'éducation lui faisait penser à une sous traitance du travail des médecins. J'ai repris au bond la question sous deux aspects . Je lui ai dit que je préférais parler de co-traitance mais qu'à partir du moment où on parlait de sous traitance, j'avais envie de parler de maltraitance . En effet dans d'autres pahtologies où on avait mis en place dès les années 97 des consultations d'aide à l'observance , on nous avait littéralement accusés de prendre le travail des médecins. Et par ailleurs au début de la diffusion de ce type de pratique, les médecins avaient tendance à envoyer aux infirmières tous les patients difficiles et les cas extrêmement lourds impossibles à gérer . On a vécu  les premières consultations d'observance dans un climat de maltraitance . En fait la question est : qui peut passer environ 45 minutes plusieurs fois avec un même patient ( entre 4 et 8 entretiens) pour l'accompagner dans ses difficultés thérapeutiques, le préparer à un nouveau traitement, l'aider à reprendre pied dans sa motivation à prendre soin de lui - le mot prise en charge est trop fort - On est déjà arrivés loin quand on peut l'employer !
La co-traitance c'est ce que j'ai fait avec le Pr Laurence Weiss PU-PH en Immunologie à l'hôpital européen georges Pompidou et aussi avec le Pr Corinne Bagnis PU-PH en néphrologie à la Pitié , c'est à dire que nous avons pratiqué la double écoute du patient, dans le cadre d'une consultation -On reçoit à deux les patient(e)s et on articule le dimensions médicales ( diagnostic, examen, prescriptions) et les dimensions du vécu des traitements, de la maladie, de la qualité de vie d'où ma notion de co-traitance . J'ai aussi ajouté que si on travaillait comme les anglosaxons, je proposais qu'on renverse le modèle de la prescription : les infirmières posent un diagnostic infirmier avec un score établissant le degré de préparation du patient , et ensuite indiquent au médecin de combien de temps le patient a besoin pour démarrer son traitement sachant qu'elles prennent aussi en compte en fonction des pathologies du temps qu'il ne faut pas dépasser pour commencer la prescription - ce que les médecins leur enseignent - L'idéal serait donc de mettre l'éducation et la consultation d'observance avant la consultation médicale . Il va de soi que personne n'enlève rien à personne . Nous avons commencé à l'HEGP au mois d'août 2007 à travailler avec Didier Laureillard, le PH en charge du programme Etoile observance à travailler sur une grille de scoring  qui mettrait en évidence le temps qu'il faut allouer au patient pour résoudre les obstacles à la prise d'un traitement à vie avant de le commencer .
Par catherine tourette-turgis
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Vendredi 25 janvier 2008
 Voici comment après plusieurs heures de travail et en travaillant sur chaque mot et expression , nous avons conçu à la Pitié dans le service de Néphrologie le modèle de lettre à envoyer aux patients.


MODELE DE LETTRE -   Nous envisageons encore de l'améliorer -

Nous avons enfin ouvert notre nouveau service d'accompagnement personnalisé des personnes suivies pour une insuffisance rénale.
Nous sommes heureux de pouvoir vous recevoir pour une consultation le
Si vous apportez votre ordonnance de médicaments et votre pilulier, nous pourrons aussi vous aider à faire un plan de prise de vos médicaments, et répondre à toutes vos questions où celles de votre entourage. Nous discuterons aussi, au cours de cette consultation, de votre projet de soins et de vos besoins.
La réussite de notre projet repose sur votre participation et sur les suggestions que vous pouvez nous faire sur l'amélioration de la qualité de notre service.
Au cas où la date prévue ne vous conviendrait plus, appelez-nous à l'accueil des consultations, et laissez-nous vos coordonnées pour que nous puissions vous rappeler.01 42 17 72 03
Nous vous remercions d'avance, pour l'aide que vous allez nous apporter, pour améliorer la prise en charge de tous les patients du service de néphrologie.
Sincèrement, l'équipe soignante

J'ai associé sur la lettre à Elise de Beethoven, c'est comme si le patient devenait à chaque fois l'être le plus important au monde lors de  chaque consultation. La lettre prend tout son sens , car il s'agit de personnes en échec thérapeutique , il faut leur donner envie de venir et aussi utiliser un langage où ils se sentent des sujets de droit , on évoque le plan de prise - expression à revoir - mais nous avons observé que les patients avaient trop de comprimés , de sachets, à prendre ( parfois une vingtaine par jour) . En plus une des causes de non observance est à attribuer à des confusions dans les posologies ou à des auto-modifications par le patient de son traitement. Nous leur disons aussi que nous avons besoin d'eux et souvent cet argument leur plaît : ah si vous avez besoin de moi, je viens c'est sûr. Au fond si on réfléchit en termes d'interdépendance des lois du vivant, n'est ce pas vrai que nous avons besoin les uns des autres pour maintenir un haut degré de vie . Qui a besoin de qui exactement et la santé comme bien public commun comment la partageons nous ? Une infimière a entrepris la préparation d'un mini-exposé pour les collègues sur le marketing sanitaire . Comment faire pour déclencher chez l'autre une motivation intrinsèque , comment faire de la prévention auprès de publics qui ne formulent pas de demandes dans le langage habituel . Etre malade néanmoins c'est aussi un évènement de vie qui relève de la demande ! Comment tout cela se parle, et s'écoute ? Quand la personne est venue une fois à une consultation d'observance, elle revient toujours, le plus dur c'est l'invitation , la lettre à elise que je me passe souvent en boucle quand j'écris !
Par catherine tourette-turgis
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Jeudi 24 janvier 2008
J'ai animé un atelier en direction des népthrologues sur l'éducation thérapeutique avec Corinne Bagnis, PU-PH de la Pitié. On avait préparé un diaporama la veille jusque tard dans la soirée car on ne voulait pas que les néphrologues entendent une nouvelle ce que nous avions pu dire dans un des staffs en région que nous animons depuis plusieurs mois. En fait on a exposé les outils et la démarche concrète de notre programme. par exemple j'ai expliqué longuement la diaporama qui présente le modèle de lettre empathique invitant le patient à venir dans le service bénéficier du service thérapeutique. Il est hors de question d'utiliser les formulaires habituels de convocation à une visite médicale pour inviter des patients en souffrance d'observance , en souffrance thérapeutique face à leurs résultats à venir en parler . Si l'approche d'éducation et d'accompagnement est empathique, cela doit aussi se sentir dans la manière dont on écrit au patient , dont on lui présente ce qui va se passer. Au départ ce premier impensé à donné lieu à un gag. Une femme de 70 ans a rappelé le service en disant : écoutez c'est gentil cette convocation mais je ne n'ai rien compris, je dois revoir le Professeur dans 6 mois et entre nous ce n'est pas à mon âge que vous allez  faire mon éducation  . Une autre patiente a eu peur qu'il se passe quelque chose de grave pour elle car ce n'était pas son docteur qui avait signé la lettre .Comme quoi dès qu'on touche à l'organisation du système de soin, il faut prévoir toutes les réactions possibles . Demain je publierai la lettre que nous avons mis au point et je vous parlerai des réactions des néphrologues lors de notre atelier et aussi de la formation à l'observance thérapeutique dans le VIH que j'ai animée à Bordeaux aujourd'hui jeudi. Il est 22 heures, je viens juste de rentrer . Dans le train j'ai visionné le documentaire de Sandrine Bonnaire sur sa soeur Sabine autiste et cela m'a fait penser à tout le travail qu'il restait à faire dans ce domaine. On voyait bien les médicaments qui étaient dans des piluliers mais l'état des malades était terrible . Le documentaire est difficile à regarder jusqu'au bout , je m'aperçois que la maladie somatique est différente de la maladie mentale , certaines scènes sont émouvantes, d'autres sont terrifiantes comme les scènes de répétition de la demande de présence et de non abandon et aussi le surpoids des patients qui sont à peins âgés de 30 ans dû aux effets secondaires des médicaments, à l'immobilité dûe à leur pathologie ...touchant, émouvant, difficile , il n'y a pas de structures prévues pour la transition vers l'âge adulte ...Bien sûr tout cela comme tout personnel de santé je le sais mais le voir sous forme d'un documentaire ou l'autrice a évité  à tout  prix toute romanticisation  de la question de l'autisme , rend la place de celui qui regarde et écoute difficile à tenir . Je reviens demain matin très tôt vers vous.
Par catherine tourette-turgis
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Mardi 22 janvier 2008
Bonne nouvelle aujourd'hui mardi 
Je viens de recevoir le courrier suivant et en  même temps je viens d'envoyer une fiche de présentation de la maquette que mes collègues de l'université sont en train de corriger. Demain je présente au palais des congrès une présentation à des néphrologues sur le thème : comment implanter un programme d'éducation thérapeutique ? de la théorie à la pratique . Une infirmière qui so'ccupe d'enfants et mène déjà un travail d'éducation thérapeutique s'est inscrite aujourd'hui au master . Médecins sans Frontières par le biais d'un ami responsable d'éducation thérapeutique va présenter le projet de ce master aux équipes de Belgique et de Suisse . Une psychologue qui rentre d'une longue mission de terrain va peut-être venir se ressourcer en s'inscrivant au master, on aura des beaux récits de soignants : les enfants, les lointains pays. Une Personne de Normandie m'a demandé le programme pour le présenter dans un réseau. Une collègue qui interviendra dans le master en lisant le blog s'est mise à en préparer les contenus, nous vivons scientifiquement au rythme de ce master et nous nous mettons tous au travail. Je pense qu'il y a dans les approches de Marty et de la psychosomatique des idées d'intervention sur l'accompagnement . La collègue psychologue va aller lire et relire les livres de Marty , de Fain , et des personnes de leur équipe de l'IPSO pour la partie qui concerne le type de présence à adopter face à l'annonce d'un diagnostic et d'un accompagnement à visée éducationnelle .

Voici la réponse de Guy Isambart et la  première fiche de présentation du master circulant sur le web.
Je vous informe que je viens de valider la fiche suivante vous concernant 
http://www.infirmiers.com/inf/formations/diplomes-inter-universitaire.php?id_du=259
 Dans notre base de données des formations universitaires ouvertes aux infirmières :
 http://www.infirmiers.com/inf/formations/diplomes-inter-universitaire.php
 Bonne journée.
 Guy ISAMBART 
Rédacteur en Chef Infirmiers.com
 http://www.infirmiers.com
http://www.infirmiers.com/
guy.isambart@infirmiers.com


Par catherine tourette-turgis
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Mardi 22 janvier 2008
J'ai lu deux comptes rendus ce matin de la consultation d'aide à l'observance et d'éducation que j'ai mis en place à la Pitié avec le service Comment Dire . Demain matin, on passera deux à trois heures à trois ou quatre personnes à reprendre quelques  récits d'histoire thérapeutique pour voir comment chaque infirmière peut aller plus loin avec chaque patiente ou patient. En tout cas déjà je sens qu'il y a quelque chose qui est passé dans le projet au delà du recueil des données qu'on peut encore améliorer. Quelque chose est passé car je sens et perçois très clairement - chaque lecteur pourra le faire dans notre prochain livre - les difficultés , les doutes, les incertitudes et les besoins d'une personne affectée par une insuffisance rénale chronique .  J'arrive à percevoir à travers le compte rendu un peu du monde intérieur de de la patiente et aussi de l'atmosphère de la rencontre entre la soignante et la personne .Madame B a un restaurant, elle est en difficultés financières, alors elle grignote et prend du poids, elle attribue ses pics d'hypertension au stress engendré par ses difficultés financières, elle est en état de panique et se trouve dans un cercle vicieux.Il faut être en pleine forme pour pouvoir tenir un restaurant , en même temps le stress est tel qu'elle ne peut pas se poser, s'occuper d'elle y compris de sa santé, elle a pris 3 kg à cause des grignotages. Elle connaît parfaitement ses médicaments mais elle sait qu'elle n'a pas de temps pour elle et n'ose pas en demander plus à son mari qui vient l'aider tous les jours de 11 à 15 heures .Elle a moins de vertiges depuis qu'elle prend son traitement , elle a 11 comprimés par jour à prendre . Elle est heureuse de la consultation avec les infirmières et veut y revenir , comment demain va-t-on se échanger sur la vie et la santé de madame B. Comment l'aider ?  Elle n'a pas besoin de connaissances , elle  a besoin que quelque chose change dans sa vie mais quoi ? Elle a les larmes aux yeux lorsqu'elle évoque ses soucis financiers, le soignant qui a pris des notes note ce point avec beaucoup de finesse , on sent que l'entretien a été doux, non injonctif , sûrement empathique . En même temps les résultats thérapeutiques de madame B sont inquiétants, elle a un voile sur l'oeil gauche et doit entamer des examens complémentaires, qui va être là au moment de l'annonce des résultats du scanner ?
Par catherine tourette-turgis
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Lundi 21 janvier 2008
Aujourd'hui lundi, j'ai commencé à recevoir des appels téléphoniques, il y a plein de personnes en fait en France qui ont envie de soutenir des projets, qui ont envie que les choses bougent , et qui sont prêtes à m'aider à réussir ce projet un peu fou d'ouvrir un master en préjugeant de sa faisabilité alors que je suis déjà hors délai administratif pour plein d'institutions qui ont bouclé leur budget formation . L'ANFH aujourd'hui m'a soutenue, par le biais de plusieurs délégués régionaux le CRES de Haute Normandie, des personnes du CHU de Rouen , il me faut donc être à la hauteur . Le syndicat national des professionnels infirmiers m'a proposé de mettre sur leur site la présentation de ce niveau diplôme. Cet après midi, une jeune femme de 30 ans de l'infirmière magazine est venue m'intervivewer sur les premiers écrits ayant trait au counseling dans le VIH. Cela m'a fait me replonger plus de 20 ans en arrière . Elle m'a donnée des nouvelles des infirmières de Marseille Nord que j'ai formées et qui me transmettaient leur bonjour.  J'ai aussi perçu dans l'enthousiasme et la pertinence de ses questions que quelque chose s'était passé en France au cours de ces vingt dernières années . Pour elle il allait de soi qu'il fallait accompagner les personnes et leur entoruage lors d'une annonce d'un diagnostic sévère ou dans le cadre de la contrainte de traitements à prendre à vie et qu'ne approche humaniste allait de soi !J'ai travaillé toute la journée  avec Lennize sur la création du manuel du formateur pour une formation en néphrologie à l'observance et à l'éducation thérapeutique qui va se dérouler dans le Nord .  Je crois qu'on a bien travaillé aussi parce qu'il y a ce projet de master et que donc il va falloir décrire, documenter, faire des recherches qui démontrent le lien entre la théorie, la pratique, la formation des professionnels .J'avais en arrière pensée le master, tout ce qu'il faut encore faire pour le faire aboutir mais en fait ce soir avant de diner avec un viel ami chercheur engagé comme moi dans la tentative de faire basculer le monde de la recherche dans celui de la vie , j'ai décidé de revenir à mon blog pour dire merci à toutes les personnes qui m'ont aidée aujourd'hui à dire : "oui je persiste dans cette idée qu'il faut s'engager dans la reconnaissance universitaire  des professionnels de terrain qui osent des approches nouvelles avec les patients comme l'empathie, l'écoute, l'acceptation de l'autre même dans son refus de se traiter . Entretemps j'ai reçu le compte rendu d'une consultation d'aide à l'observance conduite dans le service de néphrologie de la Pitié , je vais lire ce compte rendu en me disant que la journée a été intense mais que tous les points abordés aujourd'hui se répondent et font écho au même espoir et à la même conviction : les forces de vie doivent souvent se relancer pour un patient qui est confronté à une maladie chronique ou une désorganisation somatique évolutive sévère. Cette éducation là ce n'est pas une prescription ou une injonction ou voire même une information qui peut en rendre compte  c'est bien plus. C'est une relation qui doit présenter assez de garantie pour s'attacher à ce travail de relance, de soutien et d'accompagnement . Je pense que dans le master, il va falloir être très clair sur cette question. Il ne s'agit pas d'éduquer le patient, il s'agit de bien plus, il s'agit de faire le pari d'une rencontre d'être à être. J'ai sorti de ma bibliothèque un vieux numéro de l'ARC consacré à Winnicott, je compte le faire parler dans les transversalités du master !
Par catherine tourette-turgis
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Dimanche 20 janvier 2008
Quelle émotion, j'ai envoyé l'adresse de mon blog et j'ai reçu de très beaux messages de soutien sur mon adresse mail personnelle. Merci de me donner cette force de continuer dans un esprit d'audace à ouvrir l'université au monde des soignants, des acteurs de santé, et bien évidemment de manière indirecte aux 15 millions de personnes vivant tous les jours avec une pathologie chronique qui bien souvent la plupart du temps a pour conséquence de les amener avec vivre avec plusieurs pathologies . On parle maintenant de polypahtologie et on ré-interroge le concept de maladie chronique . Que signifie la chronicité  dans un monde intérieur où des phrases comme  " cela va revenir, la crise revient, il y a une rémission, j'ai une nouvelle poussée , j'ai fait une récidive " sont si fortes et parfois si envahissantes de par les métaphores qui sont employées pour les décrire qu'on prend conscience qui'l n'existe pas un langage acceptable pour parler de tout cela ou au contraire que le langage employé est porteur d'une violence symbolique . Alors , la maladie chronique est devenue parfois une maladie à pronostic incertain, une condition médicale non définie, nous avons besoin de réfléchir à la notion de temporalité quand on parle d'évènements de santé ou de maladies.
J'ai des images que je pourrais mettre sur mon blog mais elles concernent le travail et les missions que j'ai effectués dans les pays re-qualifiés comme pays à ressources limitées . Elles sont insoutenables mais en même temps ce sont à ces photos prises dans les infirmeries de fortune mises en place par des ONG au Togo, au Burkina, au Cameroun, au Burundi que j'ai pensées toute la journée. Bien sûr je n'ai pas pensé à des photos en soi mais aux personnes que j'ai rencontrées, interviewées et à qui j'ai demandé la permission de rendre compte de leur condition physique et de ce qu'ils vivaient . Je vais r éfléchir à cette question de la chronicisation de la pauvreté et de l'abandon thérapeutique dans certaines régions du monde. Je vais aussi tenter d'articuler ces évènements avec ce qu'il est nécessaire de développer dans le master d'éducation thérapeutique de l'université de Rouen , les valeurs, les éthiques à défendre .
Par catherine tourette-turgis
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  • : Le blog de catherine tourette-turgis
  • master.educationtherapeutique
  • : education therapeutique Santé
  • : mettre en place un master d'éducation thérapeutique dans un département de sciences de l'éducation et documenter le processus de mise en place de ce type de projet innovant, expliciter les valeurs , l'éthique, les concepts qui seront développés au cours de cette formation de différents acteurs intervenant dans le monde du soin et plus particulièrement dans le champ des malades chroniques
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