Parler du cancer et de ses thérapeutiques

Publié le par catherine tourette-turgis

Cette semaine la consultation, ces visages que je revois, ces extraits d’entretien qui me reviennent en mémoire , mes notes sur mon petit  carnet, des paroles fortes qui me reviennent comme celles de cette femme qui explique qu’elle ne supporte le terme de guérison.« Ce cancer c’est moi qui l’ai produit, c’est mon corps qui l’a fabriqué alors si on me dit que je ne l’ai plus, je me dis quoi à moi-même ? »

À la différence d’avec la culture du VIH/Sida construite par les associations de malades, il n’y a pas dans le cancer un langage commun et partagé entre les médecins, les associations et les malades, notamment pour ce qui concerne le  « parler du cancer » et le « parler des thérapeutiques ». Il y a des métaphores qui émergent et qui sont du même registre sémantique que celui utilisé dans d’autres maladies comme les images relevant du registre du contrôle. On parle de contrôler la maladie et de maladie contrôlée. Le langage est devenu plus doux pour décrire les chimiothérapies. On ne parle plus de bombarder la zone, de la nettoyer, on parle de ne pas intervenir inutilement… d’attendre, d’intervenir au bon moment, de bien doser… Le langage sur les thérapeutiques a bien bougé, on parle de plusieurs lignes de traitement.. il y a des expressions comme « évolution essentiellement osseuse de la maladie », « augmentation légère des marqueurs », « d’état général particulièrement conservé » « de reprise évolutive ». Je vais étudier tout cela car pour concevoir des manuels d’entretien et de counseling, il faut d’abord étudier la langue parlée des médecins, des patients, des personnels para-médicaux. J’apprends tous les lundis !

© Photo Catherine Tourette-Turgis

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