Lundi 18 février 2008
 
Nos travaux dans le domaine de l'accompagnement de personnes atteintes de maladies chroniques nous ont amené à nous intéresser plus particulièrement en 1996 aux difficultés qu'elles rencontrent en matière d’observance thérapeutique de leurs traitements, souvent lourds et dont le succès thérapeutique dépend d’un haut degré d’observance devant persister dans la durée. En 1999, nous avons conçu, implanté et développé le modèle d'intervention MOTHIV dans le domaine de l’observance thérapeutique des traitements antirétroviraux contre le VIH/sida. Son efficacité a été démontrée par une étude randomisée conduite au CHU de Nice et conduitepar l’unité 379 de l’INSERM de Marseille[1],[2].
MOTHIV est un programme qui se déroule sur la base d’entretiens individuels (3 à 8 entretiens) dont l’objectif principal est d’aider les patient(e)s à atteindre et à maintenir le haut degré d’observance requis par leur traitement pour bénéficier d’un succès thérapeutique (dans les traitements antirétroviraux, le degré d’observance requis est supérieur à 95%). Il a donné lieu à une définition opérationnelle de l’observance thérapeutique que nous avons construite pour les fins de l’étude clinique afin de délimiter les domaines à explorer régulièrement dans les entretiens. « L’observance thérapeutique désigne les capacités d’une personne à prendre un traitement selon une prescription donnée. Ces capacités sont influencées positivement ou négativement par des co-facteurs cognitifs, comportementaux, sociaux et émotionnels qui interagissent entre eux.» [3]
 
MOTHIV s’appuie sur quatre postulats propres à la prise d’un traitement au long cours dans le cadre d’une maladie chronique. Ces postulats relèvent bien de la philosophie et des principes de base de l’entretien motivationnel développé par Miller et Rollnick[4].
La personne ne doit pas disparaître derrière son traitement :
Cette approche, dans le monde médical habitué à décrire le patient par ses constantes et ses résultats bio-cliniques, est une approche centrée sur la personne et non sur sa maladie. Il s’agit d’emblée de s’intéresser à ce que la personne vit, pense, et ressent. La prise du traitement intervient naturellement et le plus souvent à l’initiative de la personne. Si le traitement n’est pas évoqué d’emblée, l’intervenant pose une question ouverte sur la place des traitements dans la vie de la personne. Aider une personne à prendre un traitement, c’est parler un peu de médicaments et beaucoup de la vie qui va avec.
La motivation est un processus dynamique qui se génère et se maintient sous certaines conditions : Il n’existe pas de lien évident ou immédiat entre la prescription d’un traitement par un médecin et l’adhésion de la personne à ce traitement. Il est donc fondamental d’aider la personne à construire sa motivation intrinsèque à son traitement. Dans certaines pathologies, cela peut prendre plusieurs mois car la prise du premier traitement de fonds réactive le choc de l’annonce du diagnostic. Par ailleurs, la motivation n’est pas un trait identitaire, et elle ne repose pas exclusivement sur la personne. Cette caractéristique remet en question les pratiques sanitaires qui consiste à refuser de traiter un patient sous prétexte qu’il n’est pasmotivé. La question à se poser est : que faisons nous dans notre service ou dans notre unité de soins pour aider certains de nos patients à construire leur motivation au soin et leur adhésion thérapeutique ?
 
L’observance dépend des stratégies d’ajustement de la personne au traitement mais aussi à sa maladie et à son histoire thérapeutique : MOTHIV consacre du temps à retracer avec la personne son parcours thérapeutique, les différentes étapes par lesquelles elle est passée, en l’aidant à repérer les stratégies d’ajustement qu’elle a utilisé (ex : recherche d’information et de soutien, conduite d’auto-sabotage, ré-évaluation des valeurs...). Il est important de travailler avec la personne le sens qu’elle donne à ce qui lui arrive en mettant en évidence la mobilisation de ses capacités de résilience.
Il faut anticiper avec la personne un ensemble d’incidents critiques et la doter de compétences pour y faire face : Il est important d’aider la personne à anticiper sans culpabilité les ruptures d’observance qui surviendront au cours de son traitement. Ces ruptures ne sont pas sans rappeler le concept de rechute travaillé dans l’entretien motivationnel comme une série d’essais successifs. MOTHIV prépare la personne à utiliser en situation des compétences acquises lors des entretiens au travers de simulation de situations critiques pouvant survenir à tout moment dans sa vie personnelle, familiale et sociale (visite inopinée de la famille, vomissements, oubli des médicaments lors d’un voyage...).
 
Depuis 1999, nous avons développé et adapté MOTHIV[5] dans plusieurs sites hospitaliers en France et à l’étranger


[1]Bentz L., et al., "Description et évaluation d'un programme d'intervention sur l'observance thérapeutique (counseling) dans un centre hospitalo-universitaire", In: C.Bungener, M. Morin, M., Souteyrand (Eds.), L'observance aux traitements contre le VIH/sida : Mesure, déterminants, évolution, Coll. Sciences Sociales et SIDA, ANRS, déc. 2001, 99-112. - http://www.commentdire.fr/infotheque/Bentz-et-al2001anrs.htm
[2]Pradier C, Bentz L, Spire B, Tourette-Turgis C, et al.. "Efficacy of an Educational and Counseling Intervention on Adherence to Highly Active Antiretroviral Therapy : French Prospective Controlled Study", HIV Clinical Trials, 2003; 4 (2) : 121-31. - http://www.counselingvih.org/php/infotheque/abstract.php?absid=447
[3]Tourette-Turgis C, Rébillon M., "Un modèle d’intervention counseling sur l’observance thérapeutique : MOTHIV". In: Tourette-Turgis C, Rébillon M., Mettre en place une consultation d’observance aux traitements contre le VIH/SIDA - De la théorie à la pratique. Paris, Comment Dire, 2002, pp. 99-122.
[4] Miller WR, Rollnick S., L'entretien motivationnel : aider la personne à engager le changement, traduction française de Lecailler D, Michaud P., InterEditions-Dunod, 2006 [Traduction de l'ouvrage de Miller WR, Rollnick S., Motivational interviewing : preparing people for change, 2nd edition, 2002, Guilford Press.
[5] Tourette-Turgis C, Rébillon M, Mettre en place une consultation d’observance aux traitements contre le VIH/SIDA - De la théorie à la pratique, Comment Dire, 2002 , 176 p.
Par catherine tourette-turgis
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Vendredi 15 février 2008

Hier soir après la conférence de Presse , j'ai travaillé avec Chantal Calvel, Betty et Sorel de l'ONG Concern Worldwide en Haiti pour les abstracts à présenter à la conférence mondiale de  Mexico sur le VIH Un abstract porte sur les problèmes rencontrés mais aussi posés par l'emploi de pairs conseillers VIH dans les centres de santé et l'autre sur un programme pédagogique visant à réduire la discrimination pratiquée dans les hôpitaux et les institutions de santé en Haiti par manque de formation, de mises en place de politiques publiques , et de carences dans l'organisation des soins.

Voici les résultats de l'enquête realisée en 2003  par Concern sur la discrimination dans les centres de santé que Chantal m'a envoyée cette nuit
  • 55% des professionnels  reconnaissent avoir pratiqué un test sans l'accord du patient
  • 51.5% des professionnels  pensent être personnellement  exposés à un risque de contamination au VIH sur leur lieu de travail
  • 48% des professionnels  reconnaissent avoir des comportements ou  des attitudes discriminatoires à l'encontre des PVVIH venus dans leur centre
  • 52% des professionnels disent reconnaître une personnes positive à partir de signes extérieurs
  • 39.7% des PVVIH déclarent avoir observé un refus de soins à leur encontre ou à l'encontre d'autres PVVIH
  • 58.6% des PVVIH déclarent avoir entendu des personnels de santé tenir des propos désobligeants à leur encontre
  • 69% des PVVIH déclarent a q'une priorité de soin a été donnée en leur présence  à d'autres patients (dont on ne connaissait  pas le statut)
Du coup, j'ai un peu oublié mon livre et j'ai re-traversé les souvenirs de mon arrivée a Port au Prince , de mes fréquents séjours en  en Haiti .. Une question continue de m'occuper : comment expliquer la difficulté qu'ont les personnes vivant avec le VIH en Haiti à se défendre contre une des 7 opinions les plus courantes utilisées à leur encontre en termes de stigmatisation : les Personnes séropositives sont méchantes ! J'ai mis des mois à tenter de comprendre ce que signifiait cette phrase, j'ai interrogé des militants, des anthropologues, des religieux ,des professionnels de santé pour essayer de comprendre ce que signifie l'expression " etre méchant " dans la société haitienne et surtout pourquoi cette phrase avait un effet de sidération sur tous mes stagiaires PVVIH mais aussi sur les professionnels de soin. Qu'est ce qu'on signifie à une personne lorsqu'on lui dit qu'elle est méchante ? Pourquoi cette phrase ne produit aucune riposte spontanée ?  Toutes les autres opinions stigmatisantes ont pu être décontruites pièce par pièce, on les a amplifiées, on a joué avec, on les a étudiées en terme de santé publiques, on a pu les reformuler, les clarifier, en démontrer l'ineptie, le danger, les effets contreproductifs en termes de lutte contre le VIH mais aussi en termes de prévention, d'accès au dépistage, au soin, aux traitements mais celle -là résiste au travail habituel conduit sur les représentations . C'est comme si on ne pouvait pas atteindre le noyau des représentations qui la fonde.
Une lectrice de mon blog m'a demandé par rapport à la conférence de presse d'hier de définir les évènements déclencheurs de l'intention d'adhérer à un traitement antirétroviral, les voici:
une personne qui prend son traitement c'est une personne chez qui on retrouve les 5 éléments déclencheurs suivants :
1. Ce traitement est bénéfique pour moi
2.Je suis satisfait de mon médecin 
3. je me sens soutenu par mon entourage ou j'ai su me créer un entourage social qui me soutient
4.J'ai le sentiment que je peux contrôler ma vie 
5.J'ai des projets .
Par catherine tourette-turgis
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Jeudi 14 février 2008

Ce matin à 11 heures 30 , Michael Bensoussan a ouvert la Conférence de Presse pour la sortie de mon livre sur la consultation d'aide à l'observance thérapeutique des traitements de l'infection à VIH édité par Comment DIre en me posant une question : Pourquoi ce deuxième livre en 2008 alors que vous avez publié un premier livre sur l'observance thérapeutique en 2002 ?  J'ai répondu en évoquant le concept politique dl'insistance . Oui je fais partie des gens qui insistent, qui reviennent, qui répètent  , qui persévèrent, qui ne lâchent pas . Mon objet de travail et de recherches est apparemment simple :  démontrer le nécessaire accompagnement thérapeutique des personnes vivant avec le VIH dans leur suivi de soin , dans la prise de leurs traitements et parfois dans leur vie tout court .Pourtant il faut régulièrement le répéter , et apporter les contributions les plus récentes issues des sciences médicales, humaines et sociales pour que les milieux de soin puissent se saisir des ces preuves pour à leur tour mettre en mouvement des pratiques de soin où le patient est entendu comme un patient mais aussi comme une personne qui ne peut être identifiée à sa maladie dans le regard des personnes qui l'accompagnent dans le cheminement du soin . Depuis 2002, les choses ont bien changé, on sait que les personnes séropositives vont vivre mais si la promesse thérapeutique est forte, la promesse sociale n'a pas suivi . Xavier Reycoquais qui représentait un collectif associatif de patients a expliqué la lourdeur de l'itinéraire des personnes infectées et affectées, plus de 40% des personnes séropositives en France perçoivent une allocation d'adultes handicapées parce qu'on n'a pas d'autre passerelle sociale à leur proposer, et en plus cette passerelle n'est pas pérenne .De plus le degré de stigmatisation est toujours aussi élevé, la non dicibilité sociale de cette pathologie endommage la qualité de vie des personnes, des couples et maintenant des familles avec jeunes enfants . En effet les avancées thérapeutiques sont telles que nous accompagnons aussi des grossesses mais la future mère ou les deux parents ne peuvent toujours pas dire qu'ils sont séropositifs sur leur lieu de travail, dans leur famille et à l'école de leur enfant . Laurence Weiss PU-PH chef de service du service d'immunologie clinique de l'HEGP qui a rédigé la  préface de mon livre a rappelé la sanction thérapeutique que représente nt quelques oublis par mois de la prise d'un traitement antirétroviral et comment dans son service où j'ai commencé ma pratique de consultation d'aide à l'observance en l'an 2000, c'est encore difficile d'organiser un accompagnement thérapeutique à moyens constants . Pas de poste, pas d'heures alors que le surcoût médical, social ,économique de la non observance est énorme y compris en termes de décès évitables et de co-morbidités . Pourquoi  obliger les soignants à parfois de sentir dans une position insoutenable de  complices des échecs thérapeutiques alors qu'on sait qu'un patient qui n'est pas prêt pour commencer un traitement antirétroviral arrêtera de le prendre à un moment ou à un autre , sautera des prises parce que ce traitement lui a été prescrit sans lui donner le temps à de pouvoir l'apprivoiser, le connaître, l'intégrer dans sa vie, savoir quoi faire en cas d'effets secondaires, savoir en parler , s'entendre en parler. En 2008, on  a un nouveau concept développé par Enriquez le concept de readiness qui définit les 5 éléments déclencheurs de l'intention d'adhérer . Cette chercheure en soins infirmiers a commencé ses recherches par plusieurs études rétrospectives conduites auprès des personnes en échec thérapeutique pour comprendre ce qui s'était passé et elle a découvert aussi  dans des études prospectives les éléments déclencheurs de l'intention d'adhérer et un étude vient de montrer la corrélation entre la présence de 4 des ces déclencheurs et le degré d'observance ultérieure des patients .

Par catherine tourette-turgis
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Mercredi 13 février 2008
La revue de la littérature a plusieurs fois démontré l’intérêt du counseling dans l’accompagnement des personnes confrontées a un cancer. La première méta-analyse citée et reprise régulièrement dans la littérature date de 1995 .Cette analyse ( Meyer[1]) porte sur 45 études randomisées comprenant une intervention psychosociale . L’article conclut en disant qu’il n’est plus souhaitable de conduire plus de recherches portant sur l’intérêt , l’impact et l’efficacité d’interventions psychosociales quelque soit l’approche visant à accompagner et soutenir le patient confronté au cancer. Ces interventions présentent un haut degré de pertinence et sont bénéfiques pour les patients .Les bénéfices patients sont de trois ordres ; l’amélioration de leurs capacités émotionnelles ,de leurs stratégies d’ajustement , de leur rapport au vécu des traitements et des symptômes. Certaines interventions sont de fait plus centrées sur telle ou telle étape dans la maladie ou ses traitements. Les approches différent les unes des autres , ainsi par exemple la revue des 45 études comportent des approches cognitivo-comportementales strictes , des approches émotionnelles y compris de la musico-thérapie, des approches sociales reposant sur la participation des pairs et de l’entourage , des séances d’informations sur la maladie et ses traitements . On voit déjà en 1995 ce qui sera repris par la suite qu’en termes d’accompagnement et de soutien, on peut choisir plusieurs types d’approches , une approche de type individuelle , une approche de  groupe conduite par un professionnel de soin mais aussi une approche en groupe conduite par des patients ou par des associations de patients . Les auteurs de cette méta-analyse insistent sur l’intérêt à intégrer des éléments de mesure et de suivi psychosocial dans le monitoring médical des patients de manière à pouvoir répondre en temps réel ou à anticiper les difficultés psychosociales qui surviennent dans la vie des patients et pouvoir intégrer le counseling  au bon moment dans leur trajet de soin .En 2003, une grande étude refait le point sur les interventions psychosociales ( Rehse[2]) en étudiant cette fois-ci l’efficacité de ce type d’interventions sur la qualité de vie des adultes affectés par un cancer . La revue des 37 études conduites pour 14 d’entre elles en Europe comportant un groupe contrôle, tente de répondre à plusieurs questions dont celles ayant trait à l’approche utilisée, la durée de l’intervention, les paramètres cliniques et les différents modèles conceptuels utilisés dans les questionnaires de qualité de vie .Les approches décrites dans les études sont des approches issues des différents courants théoriques dans le counseling (existentiel, éclectique, cognitivo-comportemental). Les interventions englobent aussi des interventions en groupe centrées sur la communication, l’échange d’expériences, le soutien par les pairs. D’autres interventions se définissent comme des formations personnelles visant le développement et l’amélioration de stratégies d’adaptation émotionnelle ou cognitive .Les critères définissant la durée des interventions sont de deux ordres, inférieure ou supérieure à trois mois. 38,7% des pathologies ,toutes études confondues concernent des cancers du sein, suivis par 12, 9 % de cancers du poumon et 9,9% de cancers gastro-intestinaux. Les conclusions de cette méta-analyse ressemblent à celles de la méta-analyse de 1995, c’est à dire qu’elles invitent à intégrer des interventions de soutien , d’accompagnement et/ou d’éducation dans le trajet de soin des personnes affectées d’un cancer.


[1]Meyer TJ, Mark MM.Effects of psychosocial interventions with adult cancer patients : a meta analysis of randomized experiments, Health Psychol 1995;14:101-8
[2] Barbara Rehse,Ralf Pukrop, Effects of psychosocial interventions on quality of life in adult cancer patients: meta analysis of 37 published controlled outcome studies ,Patient Education and Counseling 50 ( 2003) 179-186
Par catherine tourette-turgis
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Mardi 12 février 2008
Dans le master  2 Professionnele d'éducation thérapeutique de l'université de Rouen ( Sciences de l'éducation ), un module d'enseignement sera consacré au counseling . Pourquoi ?
Les relations entre counseling et médecine sont très étroites dans la mesure où l’accompagnement des personnes confrontées à l’annonce d’une maladie à pronostic sévère ont besoin d’un soutien immédiat et personnalisé pour atténuer le choc et développer leurs capacités à faire face non seulement à la maladie elle-même mais tout autant de manière imprévue de surcroît à son impact psychosocial négatif. Par ailleurs on observe dans les maladies chroniques une non observance évaluée à environ 50% et pour certains traitements les ruptures d’observance ont des conséquences graves sur le maintien de la santé. Dans le cas de traitements dont l’efficacité est dose-dépendant comme les médicaments anti-rétroviraux, un arrêt de prise de médicaments supérieur à 48 heures compromet l’efficacité thérapeutique du traitement et laisse place à l’émergence de résistances et de mutations du virus.
Dans le cas des traitements post-transplantations, un arrêt de prise des anti-suppresseurs immunitaires endommage le greffon . Très longtemps on a blâmé les malades lorsqu’ils n’étaient pas observants dans la prise de leur traitement et il a fallu des études s’appuyant sur les récits de vie des malades et leurs témoignages sur la manière dont ils vivaient leur maladie et le soin pour démontrer que la prise d’un traitement par un patient était dépendant non pas seulement de lui-même mais aussi d’un ensemble de facteurs comme ceux liés à la relation médecin-patient, l’organisation du système de soin, les médicaments eux-mêmes et notamment leurs effets secondaires .
La médecine de fait a eu un impact sur le développement du counseling à tel point que la plupart des grandes associations de counseling anglo-saxonnes ont créé des sections entièrement consacrées aux questions de santé ( ex section santé de la British Association of Counseling, la revue Patient Education et Counseling ,.Le counseling spécifique développé dans le secteur de la santé emprunte à plusieurs courants théoriques ( cognitivo-comportemental, motivationnel, existentiel ,psychanalytique , éclectique ) ses concepts mais aussi s’inscrit souvent et cela est très net dans l’infection à VIH dans les courants modernes d’éducation fondées sur l’empowerment et la psychosociologie des groupes à visée émancipatrice . Le malade chronique a besoin de garder, prendre ou reprendre le contrôle sur sa maladie, il a besoin de continuer son développement personnel en y intégrant une part d’incertitude non destructrice et il a aussi besoin d’un haut degré de motivation interne et d’ autonomie pour se soigner de manière continue sur une durée illimitée ( maintien sur le long cours d’un degré d’observance thérapeutique élevé des médicaments mais du suivi de soin telles que les visites à l’hôpital ) . En ce sens il a besoin et ce sont là les premières étapes du counseling d’une formation thérapeutique sur sa propre maladie . Il a besoin d’acquérir des connaissances et des informations lui permettant de prendre un certain nombre de décisions y compris d’adhérer aux décisions thérapeutiques . Ce type d’approche est en rupture avec les modèles traditionnels et autoritaires qui ont longtemps présidé dans les lieux de soin qui exigeait des malades respect , soumission, silence et obéissance . L’évolution des courants pédagogiques en éducation à la santé a démontré l’efficacité des modèles de communication participatifs dans le milieu du soin . Dans les maladies chroniques ( la Grande Bretagne dénombre 17 millions de malades chroniques) , plus rien ne peut se faire sans une relation de type partenariale avec le patient.
 
Par catherine tourette-turgis
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Lundi 11 février 2008
Aujourd'hui je prends conscience que le master va pouvoir s'ouvrir, j'ai passé le week end a écrire et à reprendre contact avec les pays du Sud pour envisager comment le master pourrait aussi servir les intérêts fondamentaux des pays à ressources limitées où jai rencontré des ONG qui avaient mis en place des programmes d'éducation thérapeutique. J'ai contacté MSF pour qui j'ai fait une conférence sur l'éducation thérapeutique à genève lors d'un regroupement mondial en janvier dernier . J'aimerais que la dimension pays a ressources sanitaires limitées soie présente dans ce master , c'est important d'intégrer la dimension humanitaire dans le soin, de militer pour une couverture mondiale dans l'accès aux médicaments essentiels, de développer des approches de l'éducation qui intègre toutes les dimensions géopoliques de la santé . Alors j'ai relu mon journal de mission et je me permets d'en partager quelques pages avec vous . Les jours prochains , nous explorerons à nouveau des points méthodologiques.
Extrait de mon journal de Mission au Kenya
 
Le mois d’août tire à sa fin en France, il se termine pour moi par une mission commanditée par Sidaction au Kenya où il s’agit d’évaluer les besoins des communautés touchées par le VIH et de mettre en place des réponses et des mini structures visant à aider les personnes infectées à s’organiser dans la riposte au SIDA dans un pays où faire une manifestation sur le SIDA est passible d’emprisonnement .Les quelques touristes qui sont dans l’avion Kenyan Airlines au départ de Londres sont équipés de matériel et de vêtements pour faire un safari , je les évite et change de place dans l’avion dès que c’est possible . Je rejoins les rangées de l’arrière de l’avion, et m’isole avec un roman car je n’ai pas envie de partager l’excitation tout à fait légitime de leurs vacances et j’ai encore moins envie d devoir expliquer les raisons de mon voyage au Kenya.Mes missions m’ont apprise une certaine pudeur, en effet on me demande souvent combien de temps je reste dans le pays, à quel hôtel je descends et quels sont mes projets de visite lorsque je voyage vers des destinations comme le Kenya, le Cambodge, la Thaïlande, le Maroc les Caraïbes et la plupart du temps je ne dévoile pas les raisons de mes missions car je ne veux être le trouble fête de l’avion . Mon travail devient une part secrète et je n’ai pas envie de devoir supporter les commentaires souvent désobligeants à l’égard des peuples qu’il soulève. L’Afrique c’est différent, dans les avions on y rencontre beaucoup de personnes qui travaillent dans le développement et c’est d’ailleurs assez drôle d’avoir dans la même rangée, un consultant qui travaille sur l’acheminement de l’eau, un autre sur la prévention de la famine, un autre sur la résolution post-conflit et un autre sur le SIDA. Cela pose aussi question de voir tous ces consultants traversés à la fois par l’excitation procurée par leur travail mais tout autant par le désarroi .On y rencontre plusieurs profils : celui qui dit c’est simple la solution pour l’eau c’est d’aller la chercher là où elle est , il y en aurait seulement pour quelques mois à la faire circuler , d’autres qui en ont marre de la corruption des gouvernements, d’autres qui sont plutôt des développeurs théoriques et qui usent et abusent de concepts politiquement corrects, d’autres encore qui sont en colère contre les développeurs qui travaillent sur un autre thème qu’eux et à ce sujet on se fait souvent reprendre et réprimander lorsqu’on travaille dans le SIDA. «  Vous faîtes n’importe quoi, vous donnez des médicaments contre le SIDA mais il faut éradiquer la pauvreté avant, il faut donner à manger avant de donner des antiviraux .
C’est oublier et à chaque fois il faut le démontrer que lorsqu’on est pauvre, la maladie rend encore plus pauvre et qu’en permettant une stabilisation ou un retour à la santé on participe à notre niveau à la lutte contre la pauvreté Prendre un traitement prophylactique comme le Cotrimoxazole lorsqu’on a moins de 200 CD4 c’est pouvoir se relever de son lit, pouvoir ressortir dans sa cour et être capable à nouveau d’aller au marché vendre du bois et faire des petits travaux pour nourrir sa famille . !
Par catherine tourette-turgis
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Samedi 9 février 2008
Par catherine tourette-turgis
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Jeudi 7 février 2008
En France, on assiste à un essor de l’approche motivationnelle depuis plusieurs années, notamment dans le champ de l’alcoologie_, de la toxicomanie et de l’observance thérapeutique. Dans le domaine des pathologies somatiques, MOTHIV représente la première conceptualisation du premier modèle d’inspiration motivationnelle qui s’est peu à peu construit au fil de notre pratique d’accompagnement des personnes séropositives et malades du SIDA depuis 1986. En effet, avant l’arrivée de ce qui s’appelait alors la trithérapie, nos observations corrélées aux différentes études de l’époque nous ont montré qu’à situation bio clinique et symptômes égaux, les personnes malades ne vivaient pas, ne survivaient pas ou ne décédaient pas de la même façon. Ce qui semblait avoir un effet positif sur la qualité de la survie tenait à des composantes comme l’estime de soi, les capacités à faire face à l’adversité, à maintenir des liens affectifs, à développer des stratégies d’ajustement, à garder un sentiment de contrôle sur sa propre vie. À tous ces paramètres s’ajoutaient la liberté de donner du sens à sa maladie, à sa vie, à sa mort, ainsi que le sentiment de se sentir écouté et accompagné dans une grande qualité de soin relationnel.
Notre expérience nous a montré que l’efficacité des approches motivationnelles dépend plus du mode d’interaction entre le professionnel et l’usager de soin que de la maîtrise de certaines techniques. Le pas le plus difficile à franchir dans cette approche est de redonner du pouvoir à la personne avant de commencer à l’accompagner dans une série d’actions. Le changement doit venir de la personne même si cela suppose de notre part de devoir passer par des moments de grande inquiétude à son sujet (quand les choses n’avancent pas et que la maladie progresse). C’est en « lâchant » sur notre inquiétude tout en restant centré sur la personne, que nous pouvons alors faciliter ses propres avancées car, toute personne à qui on offre un espace d’écoute chaleureux et empathique et à qui nous faisons confiance, développe son propre potentiel de croissance personnelle dont la santé est une composante de première importance.
Cette approche exige une très grande discipline dans le positionnement du soignant accompagnateur. Comment aider l’autre à être lui-même sans l’abandonner au moment où il tente de le devenir et qu’il nous exprime ses difficultés, ses handicaps, ses peurs, sa faible estime de soi, ses incapacités, et sa colère ? C’est souvent lorsque la colère s’exprime, que l’accompagnateur perd ses repères car il prend cette colère comme une critique de ses capacités d’aidant ou de soignant et il finit par rejeter le patient qui ne faisait qu’exprimer ce qu’il avait sur le cœur en faisant confiance à l’aidant qui l’avait invité à le faire. Comment ne pas être en colère contre l’enseignant qui possède le savoir ? Contre le soignant qui possède le pouvoir de guérir ? Contre l’aidant qui possède le pouvoir de résoudre les problèmes quand on se perçoit comme un patient qui ne sait rien, qui ne fait rien comme il faut et qui, en plus, s’en veut à lui-même de ne pas arriver à prendre son traitement ? Si dans la consultation d’aide à l’observance ou d’éducation, le patient ne passe pas par la phase de colère, y compris à l’égard de sa propre séropositivité, donc aussi de lui-même, son processus d’évolution personnelle peut rester bloqué.
Dans cette approche, notamment avec les personnes les plus en difficulté qui n’arrivent plus du tout à prendre leurs traitements, qui se mettent en danger de manière répétitive, il faut pouvoir comprendre les logiques internes qui les empêchent de guérir et de prendre en charge leur santé. Il faut, en tout état de cause, revenir et s’appuyer momentanément sur le savoir et l’expertise qu’elles ont de fait accumulés jusqu’à maintenant pour pouvoir survivre, rester vivantes et s’en sortir à leur façon.
 
 
 
Par catherine tourette-turgis
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Mercredi 6 février 2008

Cette activité est sou­vent développée sans moyens ni ressources supplé­mentaires alors qu’elle nécessite une reconnais­sance en termes d’activité infirmière à part entière. Cette dernière implique une formation de base, une initiation à l’utilisation de grilles d’évaluation et une sensibilisation à la communication orale et écrite pour faire circuler les expériences d’un ser­vice à l’autre. Le diabète et l’asthme, la douleur, l’infection à VIH, et plus récemment le cancer, notamment à cause de la nécessaire observance thérapeutique, ont été l’occasion d’une sensibilisation du monde médical à la reconnaissance de la consultation infirmière à visée éducationnelle. Dans plusieurs services, des détachements et des volumes horaires ont été attribués à ce type d’activité. Cependant, l’introduction d’une assise scientifique à la démarche éducative dans le soin demande un accès privilégié aux sciences de l’éducation et un accompagnement par des spécialistes de cette dis­cipline, formés eux-mêmes aux sciences et soins infirmiers. Car, depuis leur création, les sciences de l’éducation traitent les grandes questions et pro­blématiques sur l’éducation des adultes, la forma­tion et les institutions auxquelles sont confrontés les acteurs et les intervenants dans le champ de la santé. 

La formation des adultes ou la formation d'un patient ?

Le champ de la formation des adultes n' a jamais vraiment abordé la spécificité de la formation d'un adulte qui a pour principal métier parfois d'être un patient occupé à temps complet par ses soins. Hier j'étais dans le service de néphrologie à la Pitié Salpétrière à conduire des entretiens avec des personnes en dialyse ; trouver trois fois par semaine 3 à 4 heures de libre sans compter le temps du déplacement pour aller faire sa dialyse représente un démarche assez complexe et lourde . Monsieur R, hier est épuisé , il va devoir commencer ses séances de dialyse, il a un prurit dans le bas du dos, il dit : j'ai l'impression d'avoir 100ans quand je marche 100 m à pied, je dois commencer mon dernier travail de ma vie : la dialyse ! 


Les nécessaires recherches à conduire en sciences humaines 

Je me souviens au début de l'épidémie du VIH lorsque les gens en fin de vie avaient des traitements pour leur rétinite à CMV à domicile, le temps de soi leur prenait tout leur temps et ils tenaient à ce que ce temps du patient soie reconnue comme un travail à temps complet car non seulement cétait difficile à conduire mais ils n'avaient pas de formation à l'époque pour s'y préparer, prendre la décision, s'organiser . On était dans un véritable management panique si on veut parler en termes de ressources humaines 


L'éducation thérapeutique doit donc aussi analyser l'organisation du soin non pas comme un devoir du patient mais comme une activité nécessitant une formation initiale et continue

Le patient apprend son métier de patient au fur et à mesure , il est confonté à des situations problèmes à résoudre , à des prises de décision personnelles, à des gestions de crise . Le patient d'hier doit trouver un centre de dilayse dans la région de Nantes, le problème est qu'ils sont tous pleins, il faut donc trouver un centre privé. De plus il doit rentrer sur Paris pour des rendez vous importants, comment programmer les deux ou trois séances de dialyse dans cet emploi du temps chargé . En même temps l'angoisse le tenaille, avant la dialyse, il y a ce temps de l'avant et de l'après . Comme il l'exprime : " je connais la suite , quand on commence , on ne termine pas ..comme cela .." Quel est ce modèle de formation des adultes qui aide à commencer un véritable travail qui pourrait s'apparenter à un contrat à durée indéterminée, seul CDI un peu indésirable !

Par catherine tourette-turgis
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Lundi 4 février 2008
L’augmentation constante du nombre de malades chroniques est dûe, en partie, au progrès des stratégies  thérapeutiques : les patient(e)s atteint(e)s de maladies à pronostic incer­tain voient leur durée de rémission, de vie allongée. Cela crée, de la part de ces malades, une autre demande en termes d’organisation, de nouveaux services, de ressources humaines, de formation, de compétences des soignants.
La prévention, l’éducation du patient, l’éducation à la santé sont des problématiques récurrentes auxquelles la médecine seule  ne peut pas répondre et qui, ne peuvent être traitées seulement par des approches de soins mono-disciplinaires .Or la démarche éducative prend une place de plus en plus importante dans les soins infirmiers .Elle requiert certaines connaissances notamment en sciences humaines et sociales. La désignation “démarche éducative” recoupe des composantes aussi hétérogènes que les actions d’éducation thérapeutique dans le diabète, l’hypertension et l’asthme, l’accompagnement dans les soins palliatifs, le traitement de la dou­leur... Elle regroupe en fait tout ce qui n’est pas du soin strictement technique et implique une néces­saire relation avec le patient. Pour ne citer que le référentiel de la démarche éducative dans l’éducation du patient asthmatique, il est demandé aux infirmiers(es) de poser un diagnostic éducatif, d’évaluer les connaissances et les compétences du patient afin de définir un programme d’éducation thérapeutique adapté. Ensuite, ce programme doit donner lieu à une évaluation avec des indicateurs et des critères pertinents. Plus récemment, la publi­cation du manuel d’accréditation des établisse­ments de santé (version de septembre 2004) insiste sur la prise en compte des attentes du patient, l’ex-pression de celles-ci et son degré de satisfaction, ainsi que sur la qualité des démarches d’évaluation du service rendu.
LA FORMATION CONTINUE, UNE NÉCESSITÉ
Les dimensions relationnelles et éducatives dans le soin sont mises en avant dans le cadre réglemen­taire régissant la profession infirmière. Celui-ci autorise pleinement l’infirmier(e) à exercer des fonctions d’écoute, d’accompagnement et d’édu-cation. Afin d’élargir leurs compétences dans ces domaines, les infirmiers(es) et les cadres infir-miers(es) s’orientent vers des formations complé­mentaires universitaires comme les diplômes uni­versitaires (DU) ou vers des formations sans recon­naissance universitaire et dispensées parfois par des organismes non spécialisés.
ll  n’existe pas encore, en France, d’unités de for­mation et de recherche en soins infirmiers comme il en existe au Canada, ou d’unité des sciences hos­pitalières comme à Louvain, en Belgique. De même, il n’existe pas de réflexion de fond ni sur les courants d’éducation émancipatrice en rupture avec les courants d’éducation autoritaires et nor­matifs visant à l’adaptation à tout prix, ni sur les valeurs et les idéologies des pratiques. Ce manque de formation théorique nuit au développement des pratiques infirmières. Les infirmiers(es) et les cadres infirmiers(es) sont donc obligés de s’orienter vers d’autres champs disciplinaires dès qu’ils veulent se former à des pratiques relationnelles, éducationnelles ou de santé publique. Ils ne dési­rent pas forcément s’adresser aux facultés de médecine, où le rapport médecin-infirmier garde des traces d’anciens rapports tutélaires. 
Le recours à la formation professionnelle conti­nue est incontournable. Intervenir dans le milieu de la santé, c’est être capable d’en comprendre l’histoire, l’organisation et les identités profession­nelles. Les cadres de santé se doivent alors de déve­lopper une véritable ingénierie de formation inté­grée à la gestion des ressources humaines et des compétences des établissements. Parallèlement, les différentes catégories de personnels du secteur, qu’ils soient plus ou moins formés et qualifiés, aspi­rent à des évolutions professionnelles légitimes. Ces aspirations sont renforcées par l’existence de dispositifs tels le bilan de compétences ou la vali­dation des acquis de l’expérience (VAE) et l’intégration des instituts de formation en soins infir­miers (IfSI) dans la logique LMD (licence-master-doctorat).
 
 
Par catherine tourette-turgis
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